Arrêt Boissière, 14 h, dans le XVIème arrondissement de Paris. C’est le point de rendez-vous de la manifestation organisée par la communauté malienne. Quelques slogans. Un en particulier que l’on pouvait s’approprier facilement « Le Mali : un peuple, un but, une foi». Ces personnes manifestent à cause des derniers événements qui ont secoué le pays, confronté à une rébellion touareg. Elle a conquis tout le nord du pays et déclaré unanimement son indépendance. Par ricoché, elle a également provoqué un coup d’Etat et la mise en place d’une junte militaire qui vient tout juste de rendre le pouvoir aux civils.

De militants très actifs dans les causes citoyennes et africaines étaient présents. Notamment Rokhaya Diallo, Aisa Maiga,  Mokobé et Mariam Thiam . Rokhaya, qui n’a pas d’énormes liens avec le Mali,  est quand même venue soutenir cette communauté dans son combat. Quand je lui pose la question : Pensez-vous  que les dirigeants de la Cédéao (Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest) ont été à la hauteur des  évènements ? Elle me répond « Je crois qu’ils se sont montrés assez décevants pour beaucoup de personnes. Après c’est difficile. C’est une situation qui est arrivée de manière inattendue. Beaucoup de gens n’étaient pas préparés. Je ne sais pas de quels moyens disposent cet organisme. De l’extérieur, j’ai trouvé que l’efficacité était très faible. » Mokobé, rappeur d’origine malienne, a été pour sa part très déçu par ce coup d’État : « On ne sait pas pourquoi ils ont fait ça. Cela  n’a servi à rien. C’est le coup d’État le plus loupé des histoires des coups d’État.»

Une dame malienne me dit qu’«il faut qu’on arrête les exactions qui se produisent au nord Mali. Le problème touareg ne se réglera pas par la force. Il ne se réglera que par la négociation et le dialogue ».

Mariam Thiam me confie ce qu’elle pense de cette situation : « Moi qui ai participé à la lutte pour une démocratie au Mali en 1991, je  suis révoltée et désolée de ce qui se passe au pays».

Dans cette manifestation, on ne trouve que des pères, des mères, des salariés. Mais  peu de jeunes à l’horizon. C’est aussi le constat de Mokobé. Il trouve dommage qu’ils ne se soient pas mobilisés.

La manifestation s’est terminée dans la bonne humeur. Avec des petits groupes de manifestants qui se forment pour discuter et partager leurs idées et leur ressentiment sur la situation. On a aussi eu des chants, des danses. On avait l’impression qu’on était en famille…

Irene Alambwa

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