Pour 400 000 FCFA, de nombreux jeunes Sénégalais sont prêts à traverser la mer en pirogue au risque de leur vie.

Ils tentent l’aventure en pirogue, direction les Canaries. Certains arrivent à destination et d’autres meurent en mer.

Abdoulaye est d’origine sénégalaise, il vit à Bondy depuis dix ans et il a perdu son frère il y a deux mois. Il comprend l’espoir de ces jeunes qui veulent venir en Europe pour aider leur famille. On dit qu’en Europe tout est possible, mais à quel prix et sous quelles conditions ?

« Mon frère et deux de ses amis ont embarqué dans la pirogue de la mort eux aussi, un seul a survécu.

Quand mon frère m’avait demandé mon avis sur ce voyage en mer, j’ai essayé de le convaincre de ne pas le faire mais il ne m’a pas écouté. Il avait fait deux demandes de visa il y a trois ans et cela n’a servi à rien. Je lui ai dit de patienter jusqu’à ce qu’on trouve une solution. Il avait une femme et 2 enfants. Sans travail, il n’arrivait plus à s’occuper de sa famille. Il lavait une fois par semaine la voiture de son voisin pour avoir un peu d’argent, il le payait 125 FCFA. Sa femme vend des petites bricoles mais ce n’est pas suffisant quand on a des bouches à nourrir. Pourtant il avait un BTS.

Il voyait certains de ses anciens amis avec qui il a fait ses études partir en Europe réussir leur vie, ils construisent de belles maisons à Dakar et font partir leurs femmes et enfant. Un jour un de ses amis qui vit en France lui avait dit qu’il travaillait dans une banque et qu’il gagnait bien sa vie. Il lui conseille même d’aller en France car la vie est simple et que c’est facile de trouver du travail. Mon frère avait cru que la solution à ses problèmes se trouvait là-bas, alors il a emprunté de l’argent un peu partout pour réunir les 400 000 FCFA qu’on lui demandait pour aller aux Canaries. Ils étaient en pleine mer lorsque la pirogue s’est renversée. Mon frère, son ami et bien d’autres ne savaient pas nager ».

Il avait promis à sa femme qu’il allait lui trouver du travail et lui a envoyé de l’argent assez rapidement.

 

En Afrique, il y a assez de richesses pour vivre heureux mais elles ne sont pas gérées correctement par l’Etat.

Par Essi Gnaglom

Essi Gnaglom

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