IMMERSION EN ISRAËL-PALESTINE 3/7. Le souk de Jérusalem… C’est dans ce quartier digne des Mille et Une Nuits que croyants et habitants cohabitent. La paix semble pourtant fragile dans cet endroit touristique…

Le palmarès de la ville de Jérusalem : être le berceau des trois grandes religions monothéistes. Trois millions de croyants viennent visiter les lieux saints. Avec de mythiques monuments comme le Mur des Lamentations, la mosquée Al-Aqsa et le Saint-Sépulcre où est placé le Golgotha, il faut cohabiter pacifiquement pour accueillir les croyants.

1Un endroit dans la vieille ville parvient à donner cette impression de paix. En effet, le grand souk de Jérusalem situé dans le quartier musulman détonne avec ses centaines de boutiques. Les promeneurs se mélangent et toutes les langues s’entendent. Ça parle le français, l’hébreu, le grec ainsi que le russe et l’italien.  Ce labyrinthe ressemble à une Tour de Babel. Les commerçants majoritairement arabes mais aussi juifs ou chrétiens deviennent des polyglottes. Ils vendent des étoffes, des kippas, des croix, des chapelets, des t-shirts, des serviettes et bien des objets en lien avec les diverses croyances. Autour de ces échoppes, certains proposent du pain, des falafels et des brioches ainsi que des smoothies. Les odeurs des fraises et des oranges se mélangent avec celles des épices et du cuir des sacs et des sandales. Les juifs orthodoxes côtoient les femmes voilées dans l’achat de poisson et de viande. Les panneaux sur les échoppes appellent à la religion des touristes. Gil, le guide, explique : « Les panneaux verts et blancs avec les versets du Coran servent à rappeler aux musulmans qui ils sont. C’est un rappel permanent à l’origine de la personne. Pour les catholiques ou les touristes polonais, les panneaux sont en jaune et blanc ». Ces repères visuels sont bien utiles pour ceux qui souhaitent se retrouver. Les marchands interpellent les touristes. La négociation commence… En se débrouillant bien, il est possible de diviser par trois la facture.  « Comme tu ressembles à mon fils, je te fais un prix ». Le jeune blond aux yeux bleus qui reçoit ce compliment par un commerçant arabe explose de rire. Le commerce autour de la religion est impressionnant et fédère entre elles les communautés. Chacun vend à tout le monde les mêmes objets, mais pour différents publics. Benjamin Constant disait « il doit venir une époque où le commerce remplace la guerre. »  La paix commence par là.

4Cependant, des tensions restent perceptibles. À la suite d’attaques suicides, le gouvernement israélien décida en octobre dernier d’interdire l’entrée aux Palestiniens qui ne vivaient pas dans la vieille ville. Les commerçants arabes décidèrent de fermer boutique pour protester. La nationalité ou la croyance peuvent aussi jouer sur votre visite. Un vendeur décide de me faire un prix, car je suis Français et non Américain. « J’aurais refusé de négocier avec eux ». La deuxième puissance mondiale n’est pas du tout appréciée dans la région par les Arabes et les Juifs en ce moment. Un autre me demande mon pays et se rassure quand il comprend que je ne suis pas musulman avec des ancêtres d’Algérie ou du Maroc. « Heureusement ! » s’exclame-t-il, me laissant ainsi médusé.

3Des affiches en arabe ou représentant le Christ sont arrachées intentionnellement dans les rues. Certaines rues autour du souk sont habitées en fonction de sa religion. « Voici la rue des Catholiques, c’est facile des inscriptions ce font devant les maisons. Chacun annonce sa couleur. Tous possèdent une rue comme les Orthodoxes, Coptes, Cyriaques, Arméniens. Il n’y a pas de ségrégation, cependant il y a un besoin de revendiquer sa croyance » confie Gil. Les enfants juifs ou arabes qui jouent malicieusement entre les boutiques se mélangent peu dans cette partie de la ville. Il n’est pas rare de voir des contrôles d’identités dans les rues par la police. Les patrouilles militaires sont omniprésentes pour veiller à la sécurité et au calme et rappellent que les tensions peuvent exploser à tout moment. Les attentats qui ont continué en 2016 sont géographiquement très proches, apportant un climat pesant.

Pendant ce temps-là, au souk de Jérusalem, les touristes continuent à faire leurs emplettes et amènent une joie de vivre ainsi qu’une dévotion donnant à cet endroit une atmosphère fascinante et originale.

Lloyd Chéry

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