Ce dimanche après-midi, je débarque à l’aéroport d’Es Senia à Oran (Algérie). Un soleil de plomb m’éblouit à la descente de l’avion. Après avoir passé la douane et récupéré mes bagages – sans grande difficulté – je rejoins mon cousin qui m’attend avec la Laguna dernière version de mon grand-père. Il faut dire que le confort et l’espace m’ont laissée apprécier le paysage sur le chemin qui mène à la maison : les bâtiments institutionnels, logements et routes en construction, le port maritime, le port de pêche, la vieille ville et ses immeubles de l’époque coloniale et la belle corniche qui donne sur la mer bleue turquoise. Mon cousin m’annonce : « la voiture est à ta disposition durant ton séjour ». Quelle aubaine ! Mais dès le lendemain, je décide de laisser ce luxe dans le garage et opte pour les transports en commun. Vingt et un kilomètres séparent mon lieu de résidence du centre ville d’Oran : une sorte de banlieue située sur la côte méditerranéenne.

Le taxi jaune, à la New Yorkaise, reste le moyen le plus aisé et rapide pour se rendre en centre ville. De la Renault Mégane à la Peugeot 505, les tarifs sont les mêmes : au minimum 50 dinars si le chauffeur dépose près de l’Hôtel de ville ; ce qui correspond à environ 0,52 euros pour un trajet de 20 minutes. Le taxi jaune est un privilège quand le salaire mensuel moyen d’un Algérien équivaut à 100 euros.

Le moyen le plus prisé est devenu le « taxi Jamari », appellation typique à la région d’Oran qui désigne les transports collectifs en fourgonnette. Développé il y a 5 ans dans la région, il est moins coûteux : 20 dinars jusqu’à l’Hôtel de ville avec une correspondance. Et fait plusieurs arrêts contrairement au taxi jaune. Niveau confort, il faut avoir la chance de tomber sur un véhicule fiable. Il y a ceux flambant neufs avec des sièges en cuir dont le plastique vient à peine d’être retiré et une télévision à l’avant qui diffuse des courts métrages et sketches. Il y a aussi ceux qui craignent. Ceux dont les pare-chocs sont retirés, le moteur grogne, la vitesse ne dépasse pas 30 km/h même sur l’autoroute de la corniche, et les sièges grignotés laissent apparaître la mousse. A se demander s’il existe des normes de sécurité à respecter pour autoriser un véhicule à circuler !

Mais le charme de tous les taxis Jamari se trouve chez le receveur, celui qui encaisse le paiement. On le reconnaît par la masse de pièces de 10 et 20 dinars qu’il balance à la main produisant une symphonie pécuniaire. Toujours debout, adossé contre les sièges c’est la matière vivante qui met l’ambiance dans la fourgonnette. Le sourire et les réflexions sympathiques vont bon train. Aussi, le receveur anticipe et gère les éventuels conflits entre les usagers et le chauffeur – les Algériens ont une nature un peu nerveuse.

Un soir, en rentrant, je discute avec Djamel, receveur depuis 2 ans. Apprenant que je suis française, ou ce que les algériens appellent « immigri » pour qualifier les résidants français, il me demande quel pays je préfère entre la France et l’Algérie. Puis, les yeux rivés vers la mer, il lance : « J’aimerais un jour avoir la chance de prendre le bateau pour la France. A 24 ans, je connais ma ville par cœur car nous faisons au moins cinq trajets aller-retour chaque jour. Nous voyons chaque jour les mêmes gens. J’aimerais connaître d’autres horizons ». Djamel garde un vague souvenir de la France suite à une unique visite quand il était enfant. Son souhait reflète celui de beaucoup de jeunes. La majorité des algériens rêve de « gagner » l’Europe, en particulier, la France. Pourquoi un tel engouement qui en retour provoque souvent la déception ? Réponses dans un prochain post.

Nadia Boudaoud

Nadia Boudaoud

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