Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Le 11 janvier, la France lançait une intervention militaire au Mali afin de stopper l’avancée fulgurante, nous dit-on, des groupes islamistes armés, ayant pris le contrôle des deux tiers du pays l’an dernier. L’entrée en guerre de notre doux pays, bien qu’esseulé sur le terrain, a été saluée par tous. François Hollande, qui s’est efforcé de garder l’image d’un président « normal », acquiert une autre dimension : celle d’un chef de guerre, prêt à tout pour « détruire » ses ennemis, les islamistes.

Toutefois, une guerre, qu’elle soit asymétrique ou non, faite pour protéger les populations non combattantes ou ses intérêts, engendre toujours des dommages collatéraux. La population locale est affectée, de bien des manières, par la violence de la guerre. A savoir les bombardements, les invasions, ainsi que les déplacements.

Nous sommes donc en droit de nous questionner sur le sort de la population malienne, particulièrement sur celui des communautés présentes au nord du pays puisque c’est là que les combats se déroulent. C’est dans cette optique que je suis parti à la rencontre de Rhissa, un de mes anciens camarades de classe, d’origine touareg, afin de comprendre les bouleversements auxquels sa communauté doit faire face.

Rhissa a passé la majeure partie de sa vie  à Timia, au Niger et à Tamanrasset, commune  située en Algérie, à 200 km du site gazier BP-Sonatrach, près d’In Amenas. Cependant, durant son enfance, il a régulièrement fréquenté le Mali, notamment, la région de Kidal (Nord-est) et la ville de Gao. Il a donc établi des liens d’amitié avec les touaregs qui y habitent.

« Les touaregs du Mali vivent dans la peur »

Le jeune homme commence son entretien par expliquer que depuis bien longtemps la communauté touareg est mise à l’écart de la société malienne par le gouvernement. Puis, il m’avoue qu’aujourd’hui,  les familles, restées sur place, craignent les représailles  de l’armée malienne, qui pourraient débuter en cas de reconquête du nord du pays. « Bien que le conflit ne soit pas encore arrivé à Kidal et à Gao, les touaregs craignent la vengeance de l’armée malienne. Ils  vivent dans la peur et se demandent ce qui pourrait arriver une fois que l’armée malienne sera dans ces deux régions.»

Il est à noter que cette peur, perçue par tous, prend sa source de la confusion, parfois volontaire, faite entre touaregs indépendantistes et djihadistes. En effet, les touaregs sont perçus, par les habitants du sud, comme des complices.

« Les touaregs sont isolés »

Concernant le quotidien des touaregs du Mali, Rhissa a bien évidemment été bouleversé par la guerre puisque la communauté touareg du nord du Mali est tiraillée entre deux situations : d’une part l’avancée des conflits armés et d’autre part la fermeture des frontières algériennes, survenue au début de l’intervention de l’armée française.

« Ce sont des gens qui font pas mal d’échanges avec le sud de l’Algérie, le Niger mais avec ce qui se passe au nord du Mali, les routes sont moins pratiquées. D’ailleurs, l’Algérie a fermé ses frontières. Cette fermeture isole un peu les touaregs du Mali car, d’un coté, il y a les conflits qui avancent vers eux et de l’autre côté, il y a la fermeture des frontières algériennes, ils n’ont donc pas la possibilité de fuir.»

Ainsi, les touaregs sont condamnés à rester dans des zones de combats et à prendre leur mal en patience. N’ayant nulle part où se réfugier, ils doivent tant bien que mal faire face au spectre de la vengeance, d’autant plus que, dorénavant, la fracture ethnique entre population noire et touareg a atteint son paroxysme.

L’une des responsabilités de l’armée française, en marge de son action militaire, sera donc de contenir les civils revanchards et de veiller par la même occasion, à ce que l’armée malienne ne commette aucune exaction. Une mission qui semble délicate à en croire les déclarations des ONG sur place.

Mohamed K.

Articles liés

  • Brésil : Lula a gagné, mais le bolsonarisme n’a pas perdu

    Réélu dimanche 25 octobre, Lula a remporté la bataille des urnes. Mais la menace bolsonariste demeure. Depuis l'Amazonie, la journaliste et écrivaine Eliane Brum alerte sur les dangers que l'extrême droite fait peser sur la démocratie brésilienne et sur la plus grande forêt tropicale du monde.

    Par Aliénor de Matos
    Le 27/10/2026
  • Au Brésil, l’extrême droite bolsonariste confirme son emprise

    Au premier tour de la présidentielle brésilienne, dimanche 4 octobre, Flávio Bolsonaro, candidat d’extrême droite et fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, a recueilli 47,03 % des suffrages, devançant le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva (45,16 %), en quête d’un quatrième mandat. Un résultat qui confirme la puissance du bolsonarisme et suscite sidération et inquiétude chez les soutiens de Lula, à trois semaines du second tour.

    Par Aliénor de Matos
    Le 07/10/2026
  • À Ceuta, des milliers d’exilés pris au piège après la traversée

    Les 30 et 31 juillet, quelque 72 000 personnes ont rejoint Ceuta depuis le Maroc, principalement par la mer. Si près de 70 000 d’entre elles sont depuis retournées au Maroc, des milliers de personnes restent dans l’enclave espagnole, sans solution d’hébergement et dans l’espoir de gagner le continent européen. Reportage.

    Par Aicha Bennani
    Le 04/08/2026