À toi, mon Afrique, je rêvais encore de toi cette nuit où nous passions de l’heure d’hiver à l’heure d’été. Oui, j’ai fait un rêve. Celui d’une lettre que j’aimerais t’adresser, à toi mon continent, mon pays. Je ne me suis pas mis avec joie. Ce soir, au moment où la nuit allait venir, je me suis penché à ma fenêtre et, derrière le bois, entre les branches, le ciel était rouge comme une nappe de sang.

Nous assistons à un épisode inédit qui touche le monde entier et qui nous a forcés à changer nos manières de vivre. C’est l’ère du coronavirus. L’ennemi fait des victimes par centaines de milliers en Europe et en Asie.

De cet ennemi sans visage on ne sait pas grand-chose, juste son nom. Il est notre seule adversaire. Il nous divise, nous sépare les uns des autres, il nous confine. Il nous interdit même de nous serrer la main, de nous rassembler et, finalement, nous oblige à prendre nos distances avec nos semblables.

Afrique, je sais que la prochaine vague, c’est toi qui vas la subir. Afrique, tu es toujours belle. Je vois tes photos quelques fois à travers les journaux. Je m’inquiète pour toi, car je sais que tu ne peux pas supporter ce lourd fardeau sur tes épaules.

Je suis loin de toi mais ma pensée ne te quitte jamais. Ici, en France, dans ce beau pays où je vis, depuis quelques semaines nous vivons en confinement. Dans ce mauvais moment, pour te lire souvent, je me suis souvenu que tu sais être digne, forte et solidaire. Je me souviens que tu as surmonté, il y a cinq ans, un autre virus qui s’appelait Ebola.

« Mieux vaut prévenir que guérir », dit-on souvent. Et certains comportements m’écoeurent, comme ceux qui, au Sénégal, ne respectent pas les règles du couvre-feu ou les gestes barrières. Afrique, nous entrons dans une mauvaise passe, je le sens et je le crois, mais nous pouvons nous en sortir si nous respectons les règles sanitaires.

En France, nous sommes arrivés à la barre des 4000 morts dans les hôpitaux, mais, au-delà des chiffres, c’est une épreuve terrible de voir ces victimes mourir dans la solitude, et pour leur famille de devoir vivre cette épreuve à distance. Les morts sont devenus invisibles et il est même impossible d’assister aux funérailles.

Des adieux virtuels parfois difficiles, que l’on soit riche ou pauvre, célèbre ou inconnu, vieux ou jeune. Notre ennemi commun bouleverse ce moment intime du deuil. Même les cimetières ont dû s’adapter aux risques sanitaires.

Dans cette situation qui secoue les puissances mondiales, j’aimerais que, toi mon Afrique, tu prennes encore plus de mesures nécessaires pour éviter la propagation du virus. Je suis triste quand tu n’es pas bien. Comme je le suis ici, actuellement quand on compte les décès chaque soir à l’heure du journal télévisé.

La lutte est longue, me semble-t-il. Avec les blouses blanches, les héros de l’ombre, nous le vaincrons si nous réunissons tous nos forces. Rien ne me ferait plus plaisir, rien ne me rassurerait plus que de savoir que les peuples d’Afrique respectent les consignes des médecins et que ce virus est combattu partout dans le monde.

Ai-je besoin de te confirmer que tu es présent dans mes prières ? Soyons plus solidaires, n’oublions pas les plus démunis, parce que personne n’est à l’abri de ce virus. Plus que jamais, notre mobilisation doit se poursuivre.

Je te serre la main très affectueusement.

Kab NIANG

Crédit photo : Semio

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