Au rond-point géant d’Elephant and Castle dans le sud de Londres, une douzaine de cycliste attend. Certains portent des lycras, un sac à dos fluo et montent des vélos de course rutilants. D’autres, en costard cravate, ont des vélos plus communs. Tous sont des hommes. Au feu vert les premiers se précipitent alors que les seconds jettent des coups d’œil prudents en arrière avant de s’engager dans la circulation dense, zigzagant entre taxis noirs et vans blancs.

Après des années de déclins, le cyclisme revient à la mode à Londres.  D’après le Department for Transport, les londoniens ont plus pédalé en 2010 qu’aucune autre année depuis 1991. Avec près de 540 000 voyages par jour, les déplacements en vélo ont doublé depuis 2000.

Les raisons sont nombreuses. Tout d’abord, le réseau de transport londonien est plus cher et plus bondé qu’auparavant alors que les revenues diminuent. L’iconique maire de Londres Boris Johnson souhaite par ailleurs multiplier d’ici 2026 par 15 les chiffres d’utilisation du vélo de 2001. Pour ce faire il a mis en place de nombreuses pistes cyclables et s’est tellement investi dans le projet jumeau des Vélibs parisiens que le projet financé par Barclays a hérité du surnom de Boris Bikes.

Le choix d’utiliser un vélo n’est pourtant pas seulement piloté par des impératifs économiques, bien au contraire. En 2011, les 20% de britanniques les plus riches pédalent en moyenne 53 kms à l’année pour se rendre au travail comparé à 14 kilomètres pour les 20% les moins riches.  Les banlieusards en sont réduits aux transports en commun, dans lesquels il est pour l’instant interdit d’embarquer une bicyclette.  D’après les données des Boris Bikes,  deux tiers des utilisateurs déclarent des revenus supérieurs à £50 000 (67 400 euros)  l’an, alors que moins d’un quart de la population londonienne gagne tant. Avec près de 70% de clientèles masculines, le vélo à Londres restent le moyen  de transport privilégié des hommes jeunes, branchés et aisés.

A Canary Wharf (le nouveau quartier d’affaire de Londres), les magasins proposent des vélos pouvant aller jusqu’à £10 000 (12 500 euros) à des banquiers fous de deux roues.  A Shoreditch, les designers, artistes graphiques et autres hipsters s’arrachent des vélos à pignon unique, aux cadres bariolés  de couleurs unies.

Chez ceux qui n’ont pas encore succombé à la tentation le principal frein reste la sécurité.  62% des gens pensent qu’il est trop dangereux de se déplacer en vélo à Londres, un chiffre montant à plus de 75% chez les femmes. Bien que le nombre d’accidents ait fortement chuté, 16 cyclistes ont perdu la vie l’an dernier sur les routes de la capitale britannique.

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Rémi Hatitinguais

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