Près de 50 kilomètres de routes et voies de l’agglomération londonienne seront exclusivement réservées pour les officiels, les athlètes, les bus et les véhicules de secours des Jeux Olympiques du 25 juillet au 14 août, de 6h du matin à minuit. Si cet Olympic Road Network est une facilité pour certains, elle représente aussi une privatisation de l’espace public des automobilistes et motocyclistes londoniens au profit des JO 2012. Et gare aux contrevenants ! Il en coûtera 130 Livres (165 euros environ) à ceux qui s’aventureront sur ces Games Lanes alors qu’ils n’y sont pas autorisés…

Michelle, londonienne de 42 ans, raconte qu’elle a d’ores et déjà expérimenté la contrainte des Games Lanes lorsque le 15 juillet dernier, elle a pris sa voiture pour une sortie dominicale et s’est trouvée coincée dans un embouteillage. A cause d’un affichage peu clair, les conducteurs n’osèrent s’aventurer sur ces voies VIP pensant qu’elles pourraient déjà être en service et eux, verbalisés…

Le 23 juillet, La Gazette de Ealing rapportait que l’ouverture des Games lanes sur la A40, la A12 et A13 avait déjà causé 3 heures de bouchon entre Northolt et Hanger Lane.

Voies réservées, sites olympiques bouclés à la circulation, interdiction de se garer dans de nombreuses zones, les londoniens savent que leur quotidien va être chamboulé. Dans les transports publics, les habitants sont priés, à grand renfort de publicité, d’emprunter des itinéraires bis afin de laisser la priorité, près des lieux de compétition, à la masse de touristes qui voyagera gratuitement grâce à ses places pour les Jeux. Un site internet et un compte Twitter @GAOTG sont à disposition des usagers habituels pour planifier au mieux leurs déplacements aux côtés des 9 millions de visiteurs annoncés entre le 24 juillet et le 12 août….

Pourtant et malgré tous ces désagréments, peu semble s’opposer catégoriquement à la venue des JO dans leur ville. La plupart les attend même comme une parenthèse heureuse dans un contexte social et économique difficile… Comme un coup de peinture fraîche et colorée sur une capitale britannique qui, il y a un an à peine, vivait de traumatisantes émeutes. Picadilly Circus, l’hypercentre de Londres s’est drapé d’étendards multicolores et la mascotte géante des jeux crépite sous les flashes. Dans Hyde Park, où sera installé un des écrans géants, le personnel vêtu de rose et de violet attend tout sourire les visiteurs encore peu curieux. Parmi les habitants interrogés, Syd, un londonien d’origine jamaïcaine à la chevelure poivre et sel, qui refuse de donner son âge par coquetterie. Il n’a pas de ticket pour assister aux épreuves sportives. Mais il est ravi. Selon lui, ces JO créent des emplois, vont apporter une unité dans le pays, et, le sport réunira des gens qui d’habitude ne se rencontreraient pas…

Michelle, malgré sa première mésaventure liée aux Games lanes, se veut aussi optimiste. Car si le climat social et la dureté de la vie londonienne l’affectent particulièrement, elle espère pouvoir vivre de beaux moments en suivant les jeux sur les écrans géants installés en centre ville. Michelle non plus n’a pas de tickets : « Payer 50 livres (65 euros) pour une entrée sans même savoir à l’avance pour quelle épreuve, non merci… Et c’était de toutes façons trop cher pour moi… ».

David, londonien de 50 ans, abonde dans le même sens. S’il aime le principe des Jeux Olympiques, il opine que ces JO sont « all about money ». Il pense même que s’il ne s’était pas vu offrir des tickets gratuits pour les épreuves de boxe et de basket par des connaissances, lui et sa famille, composée de 5 personnes, auraient été privés de Jeux. Pour David, les événements les plus prestigieux comme la finale du 100 mètres ont été confisqués par des groupes de privilégiés, comme des banquiers, ceux qui ont de l’argent, et, ont pu se procurer des tickets « en bloc ». Il explique que Usain Bolt sera acclamé principalement par les « greedy », comme il les nomme, et peu de gens comme lui ou ses enfants, qui adorent pourtant le sprinter jamaïcain, auront la chance de le voir courir, même si l’épreuve reine va se dérouler à quelques miles de leur quartier. Pour David, même ce moment historique pour les londoniens a été récupéré par « des vampires » avides de faire « du fric »…

Et de l’argent, il en aura fallu (estimation basse, près de 9 milliards de livres soit 11,5 milliards d’euros) pour financer l’organisation ou construire tous les équipements et les infrastructures qui accueilleront cette trentième olympiade.

A la station de train et métro de Stratford, dans le district de Newham au nord est de Londres, et qui sent encore le neuf et la colle pour la signalétique, la ruche olympique bourdonne déjà ce lundi 23 juillet après-midi. Les officiels, sertis de leurs badges, se confondent avec les touristes qui se pressent à l’entrée de l’Olympic park.

Les 35 sponsors et partenaires font leur démonstration de force publicitaire, comme Coca-Cola dont les couleurs chaperonnent chaque visiteur accédant au site. A l’entrée du Park, seuls les détenteurs du précieux sésame, un ticket d’entrée, peuvent d’ores et déjà papillonner à l’intérieur ou s’installer dans le stade pour la répétition de la cérémonie d’ouverture qui aura lieu en soirée. Les autres sont invités à profiter de l’immense centre commercial de Westfield, inauguré en septembre 2011, et encore flambant neuf, pour vivre les jeux olympiques non privatisés et ouverts à tous : ceux de la libre consommation des produits dérivés.

Sandrine Dionys (Londres)

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