Le projet pour la nouvelle mosquée de l’est londonien était colossal. Avec une capacité de près de 10.000 fidèles, le centre Riverine, aussi connu sous le nom d’Abbey Mills Mosquee, aurait été un des plus grands centres islamiques d’Europe, le premier du Royaume-Uni. A deux pas du parc olympique de Stratford, la mosquée aurait été divisée entre deux salles de prière, l’une pouvant accueillir 7.500 hommes et l’autre environ 2.500 femmes. En comparaison, la plus grande cathédrale de Grande-Bretagne à Birmingham  a une capacité maximale de 3.000 personnes.

Le gouvernement local de Newham a cependant mis fin au projet le 6 décembre dernier. Concerné par la taille colossale des infrastructures, il s’est inquiété des problèmes de circulation et de stationnement qu’occasionnerait la mosquée. Ce vote intervient après une série de tensions entre le Council et Tablighi Jamaat, le groupe missionnaire islamique menant campagne depuis 10 ans pour la construction d’une telle mosquée sur le site de celle, provisoire, qu’il anime déjà et dont la capacité n’excède pas les 2,500 fidèles.

Ce groupe créée dans les années 1920 en Inde a pourtant déclaré prendre ses distances de toute « activité politique ou controversée et promouvoir la démocratie et la liberté » tout en promouvant « une intégration sociale et religieuse ». Les opposants au projet ont quant à eux exprimés des doutes quant à l’honnêteté des religieux, craignant que le quartier ne devienne le « premier territoire anglais régi par la loi islamique ».

La presse n’a pas manqué de souligner que le groupe a été par le passé accusé de radicaliser les jeunes musulmans des quartiers pauvres de la banlieue est londonienne. Plusieurs des terroristes responsables des attentats du 21 juillet 2005 à Londres étaient des fidèles de mosquées gérées par le groupe qui contrôle une grande partie des mosquées de l’Est londonien. D’un point de vue idéologique, le groupe n’est pourtant pas proche des musulmans orthodoxes. Il se borgne à imiter de très près le mode de vie du prophète Mahomet et parait à ce titre proche d’une obscure secte. Nombre de ses pratiques sont en désaccord avec l’orthodoxie diffusé depuis la péninsule arabique.

Dans mon entourage, les étudiants musulmans regrettent la décision du conseil de Newham.  L’un d’entre eux me confie être attristé par le fait que la construction de mosquée soit laissé aux mains de groupes comme Tablighi Jamaat. « Des projets plus modérés, plus en phase avec les quartiers auraient pu voir le jour. Maintenant à cause du bruit médiatique, tout le monde sera dressé contre n’importe quel projet de mosquée. C’est un mauvais exemple ».

Rémi Hattinguais

Articles liés

  • GameStop : révolution des traders amateurs ou victoire illusoire ?

    C’est un vent de panique qui a soufflé sur Wall Street en ce début d’année lorsque des traders en herbe, inscrits sur un forum Reddit de conseils boursiers, se sont coordonnés pour faire échouer les plans de puissants fonds d’investissements concernant une franchise de vente de jeux-vidéos. Retour sur cette folle saga qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

    Par Yunnes Abzouz
    Le 04/03/2021
  • Une école francophone à Gaza pour l’avenir des Palestiniens

    À Rafah, au sud de Gaza, l’association Tabassam Gaza entreprend d’ouvrir une école francophone. Son président Waleed Aboudipaa, enseignant de français et humanitaire gazaoui tente de proposer une offre éducative aux écoliers de la ville dont la scolarité est menacée par la guerre avec Israël et la pauvreté qui en découle.

    Par Amina Lahmar
    Le 15/02/2021
  • « Sans le vouloir on contribue au génocide des Ouïghours »

    Les États-Unis, par le biais du secrétaire d'État sortant Mike Pompeo, ont accusé la Chine de "génocide" et de "crime contre l'humanité", à propos du traitement réservé à la minorité musulmane des Ouïghours, réduite en esclavage dans des camps et acculturée par le régime. Une accusation historique, dans une période où la cause de cette minorité a été plus que jamais médiatisée. Mais où en est-on dans la lutte pour la libération d'au moins un million de personnes ? Entretien avec Dilnur Reyhan, présidente de l'institut ouïghour d'Europe.

    Par Lila Abdelkader
    Le 22/01/2021