Terroriste d’hier devenu héros du présent, Nelson Mandela, chantre du combat contre la ségrégation raciale, laisse derrière lui un enseignement d’humanité sans borne. Hommage.

Il a fait partie de la vie de chacun d’entre nous, quelle que soit la manière. J’ai vraiment su qui il était en classe de seconde, sur les pages de mon livre d’anglais. Il portait une de ces chemises bariolées désormais aussi éternelle que son sourire. Sur la page d’à côté, un extrait de ses mémoires « Long walk to freedom ». Le concernant j’ai appris mille choses, sur sa vie, son parcours, sur le modèle qu’il a été bien avant que ses années de prison, entre autres, fassent de lui une icône.

J’ai appris sur son époque, une époque où un homme noir marchant dans l’ombre de celle d’un homme blanc risquait la prison. J’ai découvert avec étonnement qu’après les vingt-sept années durant lesquelles il fut injustement emprisonné et humilié, dans sa bouche, aucun ressentiment envers les responsables, que des sentiments. Celui de l’espoir, du pardon, de l’amour. J’ai alors terminé de m’incliner devant ce personnage moi qui avais du mal à pardonner aux gens qui me bousculaient parfois involontairement dans les couloirs du lycée.

Aujourd’hui je me dis, cet Homme a évité à son pays le chaos, il a réussi à mettre des bons sentiments au sein d’un domaine dans lequel peu de personnes croient encore : la politique. A l’annonce de son décès, tous, nous ne pouvons être qu’unanimes sur ses qualités. Des qualités qui m’ont renvoyé à nos défauts, sûrement les défauts de l’époque.

Je me suis dit l’admirer, c’est la moindre des choses, mais fais-je en sorte, chaque jour, que l’égalité ne soit pas qu’un vain mot ? Qu’aurait-fait Madiba s’il avait 23 ans comme moi aujourd’hui ? Regarderait-il lui aussi le sol en croisant des SDF ? Aurait-il fermé les yeux sur le panel d’injustices que ce monde nous offre parfois ? Se soucierait-il plus de sa tenue de demain que de savoir si partout les gens mangent à leur faim ? Se laisserait-il porter par le temps qui passe, remettant chaque jour à demain le jour où il deviendrait vraiment quelqu’un de bien ?

Cette disparition me rappelle à l’action et à l’espoir. Espérer dans l’autre, croire qu’un jour nous ne serons plus des loups les uns pour les autres. Croire qu’à mon échelle, je peux faire bouger les choses, les changer, les rendre meilleures, même d’un iota, ne serait-ce que d’un iota. Il n’a pas perdu espoir dans le fonds de sa cellule, comment osons-nous parfois ne plus croire en rien dans le fonds de nos canapés ?

Madiba, aujourd’hui, tous nous mettons des mots sur tes actions, puissions-nous désormais, en ton nom et en celui de tous les grands hommes de ce monde, nous taire et passer à l’action.

Latifa Oulkhouir

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