Mike Winder, maire de la petite bourgade de West Valley City dans la banlieue de Salt Lake City aux Etats-Unis, en avait marre que sa ville remplisse la rubrique des faits divers de la presse locale. Du coup, il a décidé de se faire passer pour journaliste et d’écrire les articles lui-même. Ceux-ci étaient forcément un tantinet plus positifs.

Comme il ne communiquait avec ses superviseurs que par téléphone et email, la supercherie s’est prolongée pendant plusieurs mois. Il y a finalement mis un terme la semaine dernière, quand il a révélé son identité à l’éditeur du Deseret News, le journal de la région auquel il a prêté sa fausse plume. « Je pensais à tout ceux qui passent leur temps à lire sur la criminalité dans notre ville sans avoir rien de mieux à se mettre sur la dent, s’est-il justifié auprès de l’agence de presse américaine Associated Press. On ne leur donne que les histoires négatives.»

Il faut croire que le maire, qui dirige la deuxième ville la plus importante de l’Utah, était arrivé à bout. Selon l’AP, il avait pris l’habitude de se plaindre que les faits divers représentaient 56% des articles consacrés à sa ville dans le Deseret News. Quand le journal a annoncé une vague de licenciements au sein de sa rédaction et le recrutement de pigistes, Winder est passé à l’acte. Il a emprunté son nom de plume – Richard Burwash – à un joueur de tennis professionnel trouvé sur le web et a commencé à proposer des papiers à plusieurs titres locaux. Encore plus fort : il a poussé le vice jusqu’à se citer dans ses articles, comme dans un sujet sur l’ouverture d’un temple bouddhiste dans sa ville: « Nous applaudissons tout groupe qui choisit de construire un endroit dédié à la paix et à encourager les gens à vivre des vies meilleures » a-t-il écrit en se donnant la parole.

Winder précise que les faits contenus dans ses articles étaient tous exacts. Seul le nom de l’auteur ne l’était pas. La blague n’a pas fait rire le PDG de Deseret News, dont le siège est à Salt Lake City, non loin de West Valley City. « Nous regrettons profondément que le maire Winder ait fait ça » a-t-il dit dans une interview à son journal. Le maire souhaite désormais se présenter à l’élection du comté de Salt Lake. Fera-t-il aussi la couverture de sa campagne ?

Alexis Buisson (New York)

Articles liés

  • Le « dégoutage » : bien plus qu’un spleen à l’algérienne

    En Algérie, le phénomène du “dégoutage” persiste depuis des décennies. Le terme existait bien avant le hirak, (révolution pacifique citoyenne algérienne). Parmi la population, les jeunes, mais aussi les personnes âgées vivent ce sentiment qui n’a pas de définition dans le dictionnaire français.

    Par Amina Lahmar
    Le 14/09/2022
  • « Au Canada, deux mondes se croisent et doivent cohabiter » : réflexions sur la Justice restaurative

    Au Canada, les porte-paroles des premières nations se battent contre la surreprésentation des populations autochtones dans les prisons. Face à un système juridique, parfois opposé aux valeurs de ces peuples, les militants se battent pour tenter d'endiguer le phénomène. Adéline Basile, étudiante en droit à l’université d’Ottawa et vice-cheffe de la Première nation Ekuanitshit en fait partie. Interview.

    Par Meline Escrihuela
    Le 20/07/2022
  • A Montréal, errance et identité autochtones

    A Montréal, il n’y a pas de quartier autochtone comme on aurait un Little Italy ou un Chinatown. Mais ceux que l’on appelle « les itinérants » c’est-à-dire les sans-abris dont bon nombre sont autochtones ont un parc où ils se retrouvent : le square Cabot. C'est dans ce lieu emblématique que différentes institutions tentent de répondre à leurs besoins en multipliant les initiatives culturelles et solidaires tout en faisant vivre l’identité autochtone.

    Par Meline Escrihuela
    Le 23/06/2022