Terroriste hier, héros aujourd’hui. Nelson Mandela aura laissé derrière lui la plus belle des leçons de la lutte acharnée pour la justice et la liberté. Avant son arrestation en 1962, l’homme a fréquenté les indépendantistes algériens du FLN. Un épisode de sa vie peu connu. Auto-reverse.

1962. David Motsamayi voyage clandestinement dans le continent africain, un passeport éthiopien en poche. Plus de quinze ans qu’il participe à la lutte non-violente contre la ségrégation raciale qui sévit en Afrique du Sud. En vain. Deux années auparavant, une manifestation de l’African National Congress (ANC), parti politique au sein duquel il milite depuis 1944, est réprimée dans le sang par le régime de l’apartheid. Le massacre de Shaperville compte 69 morts, dont une dizaine d’enfants. La ligne pacifiste suivie jusqu’ici s’est avérée stérile. L’ANC désormais prohibée, se dote d’une branche armée, Umkhonto We Sizwe, commandée par ce David Motsamayi, alias Nelson Mandela.

mandela-fake-passportmandela-fake-passportUn nom d’emprunt pour brouiller les pistes. L’homme est effectivement surveillé par les services secrets sud-africains, épaulés par les renseignements occidentaux, CIA en lice. Le 18 mars 1962, Nelson Mandela a rendez-vous avec le destin. Les accords d’Evian officialisant la fin de la guerre d’Algérie sont finalisés. Lui est en route pour Oujda au Maroc, tout près de la frontière algérienne, accompagné de Robert Reisha. Dès le 19 mars, il séjourne dans une orangeraie. En réalité un point de passage d’une base-arrière des combattants algériens de l’ALN, la branche armée du FLN. La rencontre se tient dans le plus grand des secrets. Les Moudjahidine de la Wilaya V de l’ouest algérien initient Reisha et Mandela à la guérilla. Surtout, ils retiennent de Chawki Mostefai, figure centrale du Gouvernement provisoire de la Révolution Algérienne, « de ne pas négliger le côté politique de la guerre tout en organisant les forces militaires. L’opinion internationale valant parfois plus qu’une escadrille d’avions de combat à réaction. »

rivonia_mandela_algeria_1962_0Mandela le « terroriste »

« A un moment, j’ai pris une paire de jumelles et j’ai vu des soldats français de l’autre côté de la frontière. J’avoue que j’ai pensé voir des uniformes des forces de défense sud-africaines » écrira Madiba dans les pages de son journal de bord, aujourd’hui conservé au Nelson Mandela Centre of Memory à Houghton. Une analogie qui confortera Mandela dans l’idée de s’inspirer de la guerre de libération algérienne pour affranchir l’Afrique du Sud du joug ségrégationniste. « C’était une armée de guérilla composée de combattants qui ont gagné leur galons dans le feu des batailles et qui s’intéressaient plus à la guerre et à la tactique qu’aux uniformes et aux défilés (…) Je savais que nos propres forces ressembleraient plus aux soldats d’Oujda et j’espérais seulement qu’ils combattraient aussi vaillamment. »

La tournée africaine de Nelson Mandela pour s’attirer des soutiens et la halte auprès des révolutionnaires algériens lui coûteront cher. De retour en Afrique du Sud, David Motsomayi, démasqué, est arrêté le 5 août 1962 à un barrage policier près de Howick. Un premier procès en septembre 1962 le condamne à cinq ans de prison. Deux ans plus tard, le procès historique de Rivonia le condamne aux travaux forcés et à la prison à perpétuité : Nelson Mandela est relégué au rang de terroriste. Un qualificatif adoubé par l’Occident à l’époque, dans un contexte de guerre froide notamment.

1472811_10151850623746819_470490344_nDe son côté, tout juste libéré de l’occupation française, Alger continue de soutenir Mandela et la lutte anti-apartheid. Le premier Président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella assure à l’ANC un soutien financier, militaire -avec la formation de combattants sud-africains de l’ANC dans des camps d’entraînements, notamment à Kebdani, Maghnia et Cherchell-, un appui politique, avec l’ouverture d’un bureau d’information de l’ANC dans la capitale algérienne. Soutien diplomatique aussi : en 1974, un certain Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères du Président Boumédiène, réussit un tour de force au siège de l’ONU en obtenant l’exclusion de l’Afrique du Sud ségrégationniste de la 29e session de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Cette mise à l’écart des instances internationales s’applique jusqu’en 1991, soit jusqu’à la fin de l’apartheid.

Vingt-sept années d’emprisonnement plus tard, le 11 février 1990, le forçat de Robben Island, leader de la lutte contre la politique raciale oppressive, recouvre la liberté. Il entame deux mois plus tard une tournée africaine. Il pose les pieds à Alger le 16 mai. Au sanctuaire des martyrs, il posera, point levé vers le ciel, en signe de victoire. Comme un pied de nez aux maux du colonialisme et de l’apartheid.

Hanane Kaddour

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