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Samedi 3 août, à l’appel de l’association marocaine des droits humains (AMDH), un rassemblement s’est tenu devant l’ambassade du Maroc à Paris comme témoignage d’indignation après la grâce royale accordée à un pédophile qui avait écopé de 30 ans de réclusion criminelle. Reportage.

La manifestation a été organisée en vue de protester contre la grâce faite par le roi Mohamed VI à Daniel Galvan, ressortissant espagnol âgé de 64 ans reconnu coupable d’atteintes sexuelles sur des enfants âgés de 2 à 14 ans au moment des faits.

Au-delà de l’indignation s’ajoute, chez les marocains qui s’expriment sur les réseaux sociaux, un sentiment d’incompréhension et de honte. Quelques-uns se demandent « comment le Roi a pu faire ça », lui qui est père de deux enfants portés aux nues par tout le Royaume. Certains se demandent également où est passé celui qui, à son intronisation était surnommé « le roi des pauvres », qui a réformé le droit de la famille et a insufflé un vent de modernité sur le royaume chérifien.

Si le droit de grâce est un droit exclusif du Roi qui peut être encourageant lorsqu’il est utilisé au profit de prisonniers d’opinion comme Chekib El Khiari en 2011, sa mise en oeuvre est complètement incompréhensible et choquante dans le cas de Daniel Galvan.

Plusieurs hypothèses tentent d’offrir un éclairage sur l’inexplicable. Sur la toile, on parle d’une décision d’un conseiller et non du Roi, le nom de Daniel Galvan étant le tout dernier sur la liste des quarante-huit graciés espagnols laissant croire à un ajout de dernière minute. Certains médias évoquent une simple erreur administrative, un cafouillage. D’autres, des impératifs économiques et politiques, la fameuse « realpolitik ». Le journal El Pais, évoque ainsi la possibilité d’une faveur accordée aux services secrets espagnols. En effet, Daniel Galvan, d’origine irakienne aurait grandement aidé ces derniers par le passé mais rien ne vient évidemment le confirmer. Le palais royal espagnol déclare toutefois ne pas avoir demandé la libération de Galvan.

L’incompréhension demeure donc et grandit au même rythme que l’indignation devant le silence des autorités et d’une grande majorité des médias marocains. Seules les matraques ont répondu aux marocains venus défendre la dignité de leur peuple en tentant de se réunir hier devant le Parlement à Rabat. Plusieurs autres manifestations sont prévues dans le pays lors des jours qui viennent.

Ici à Paris, devant l’ambassade, bien sûr, pas de répression, mais la même honte, la même colère, le même grondement populaire. Les représentants de l’AMDH crient que « le Roi a humilie le peuple » que « le Maroc n’est pas un pays de droit ». La foule présente scande « liberté, dignité, justice sociale » ainsi que « enfants violés, pédophiles graciés ». Tihani, membre de l’AMDH se pose des questions a propos du responsable de la libération ainsi que de la « répression sauvage » subie par les manifestants hier a Rabat.

Les autres marocains présents, de tous les âges pointent tous le caractère révoltant de cette grâce. Ainsi, Donia, 22 ans, affirme que « cela ne représente pas le Maroc, qu’il s’agit d’une grave erreur et que le peuple attend des excuses publiques ». Issam, 33 ans, fait part lui de son « étonnement ». Il n’imaginait pas que la grâce puisse être valable pour de tels agissements. D’autres dénoncent le fait que tous les pouvoirs soient concentrés entre les mains du Roi.

Le fait que cet individu soit de nouveau en liberté, chez lui, en Espagne, par la seule volonté du Roi, semble signifier qu’au Maroc, l’intégrité physique et morale des individus ne vaut rien. Peu importe les vies brisées d’Omar, de Fatima, Saïda, Rqiya, Karima, Aziza, Amal, Intissar, Souad, Hanane, Nawal et de beaucoup d’autres. Peu importe que le pays si cher à ces individus qui descendent dans la rue devienne, davantage encore, un repaire de prédateurs sexuels venant profiter d’une justice laxiste et de jeunes enfants étourdis par la colle. Peu importe la morale, la dignité, le respect et la justice. Peu importe le peuple.

Latifa Oulkhouir

Photo : Camille Polloni/Rue89

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