Sur un ton se voulant rassurant, Mohammed VI, le roi du Maroc, a prononcé mercredi soir à la télévision un discours en réponse aux revendications du peuple, qui grondait depuis le 20 février. Une réforme « constitutionnelle globale » était au centre de son allocution, prononcée en direct de son palais de Rabat, son fils, Moulay Hassan, à sa droite, et son frère, Moulay Rachid, à sa gauche.

L’objectif affiché est clair : mettre le peuple au centre des décisions politiques. Pour ce faire, Mohamed VI prévoit notamment une révision de la constitution, pour plus de démocratie, soumise au référendum populaire, une commission sur la régionalisation (avec renforcement de la participation de la femme dans les régions) et d’autres mesures concernant les droits de l’homme.

Le discours prononcé, tout le monde en parle. « Il faudra attendre jusqu’en juin, il ne peut pas réformer du jour au lendemain. Et puis comme il a dit, il faut que le peuple aussi participe de son côté », commentent certains, plutôt satisfaits des annonces du roi. D’autres attendent maintenant des résultats : « Tout ça reste à voir. Les Marocains veulent plus de démocratie. »

Le Maroc, jusqu’ici, ne suit pas la même voie que les Tunisiens et les Egyptiens, bien que les manifestations aient commencé de la même manière : mobilisation de la jeunesse via les réseaux sociaux tels que Facebook. Les revendications du peuple marocain portent semble-t-il bien plus sur une volonté d’engager de profondes réformes dans le pays que sur la chute du roi. Pour y être restée quelques semaines, j’ai trouvé un pays calme, la vie suivant son cours, avec de nombreux travaux sur les autoroutes et d’autres infrastructures. On sent que le Maroc est aujourd’hui plus à l’aise économiquement parlant qu’auparavant. Des camions de police « planquent » toutefois dans les rues, comme à Oujda par exemple, un par-ci, un par-là, pour prévenir d’éventuels débordements.

Il y a eu des manifestations, rassemblant pour la plupart des jeunes. Ils veulent plus de liberté d’expression, d’équité au niveau de la justice, en finir avec la corruption, changer les membres du gouvernement. Et du travail bien sûr, alors que des diplômés BAC+6 /7 se retrouvent sans emploi. Certains m’ont affirmé qu’ils voulaient un gouvernement plus jeune. « Les Marocains réclament le départ d’Abbas El Fassi (le premier ministre) mais pas celui du roi », m’explique ma cousine qui habite Oujda. A la télévision marocaine, j’ai vu un jeune homme que souhaitait que le  Maroc devienne une monarchie constitutionnelle comme le Royaume-Uni, une idée qui fait son chemin.

Grande différence avec ses voisins maghrébins, Mohammed VI demeure un chef d’Etat manifestement respecté par son peuple. « On l’aime parce qu’il a fait ce que son père n’a pas fait » ; « Mohamed VI a fait beaucoup pour son peuple, beaucoup de changements dans le pays »… Voilà ce que j’ai pu entendre à propos du roi. En Europe, on a parfois du mal à comprendre cette forme de respect et parfois d’« amour » du peuple marocain pour son souverain. Cela ne doit pas cacher le fait que des Marocains aimeraient le voir « partir », mais ils sont minoritaires.

« Dans l’islam, tu dois respecter celui qui gère ton pays, l’aider, le soutenir mais pas aveuglement non plus, c’est dans notre éducation, comme le respect que tu dois à tes parents et à chacun. C’est pourquoi il est irrespectueux de faire passer le dirigeant de son peuple pour une marionnette, de le critiquer sur son physique comme certains le font avec Sarkozy. C’est de la liberté d’expression ça ? Les Marocains ne se voilent pas la face, ils savent très bien ce qu’a fait Hassan II, son propre fils en arrivant au pouvoir a demandé pardon à son peuple pour ce qu’avait fait son père », me confie un Marocain. Mais un autre est nettement moins élogieux pour M6, comme on appelle aussi le roi : « S’il prétend respecter l’islam, il en est loin, c’est l’opposé ! »

En me rendant au Maroc, je m’attendais à trouver un pays en ébullition, mais c’est plutôt le calme, certes relatif, qui m’a frappée.  

Imane Youssfi (de retour du Maroc)

Articles liés

  • A Montréal, errance et identité autochtones

    A Montréal, il n’y a pas de quartier autochtone comme on aurait un Little Italy ou un Chinatown. Mais ceux que l’on appelle « les itinérants » c’est-à-dire les sans-abris dont bon nombre sont autochtones ont un parc où ils se retrouvent : le square Cabot. C'est dans ce lieu emblématique que différentes institutions tentent de répondre à leurs besoins en multipliant les initiatives culturelles et solidaires tout en faisant vivre l’identité autochtone.

    Par Meline Escrihuela
    Le 23/06/2022
  • Lisa Koperqualuk, figure du militantisme inuit au Canada

    Essayiste, militante pour les droits des Inuits, anthropologue, conservatrice dans un musée… Il serait difficile de décrire en quelques mots Lisa Koperqualuk. Cette femme inuite originaire du Nunavik (Nord du Québec) semble avoir déjà vécu mille vies et mené mille combats et représente un modèle de réussite pour sa communauté. Rencontre.

    Par Emeline Odi
    Le 21/06/2022
  • Bamako vu de Paris : le regard de la diaspora sur la junte au pouvoir

    Le Mali est au centre de l’actualité internationale. Accusations de crimes de guerre en lien avec les milices Wagner ; restrictions de la liberté de la presse ; fin de l’opération Barkhane, la junte militaire au pouvoir est largement décriée. Les injonctions de la communauté internationale afin que le pays organise des élections démocratiques se multiplient. Mais quel regard les Maliens de la diaspora, très présents en France, portent-ils sur les mutations politiques de leur pays ?

    Par Rémi Barbet
    Le 09/05/2022