SEMAINE SPÉCIALE BRUXELLES. À l’occasion de notre semaine en immersion à Molenbeek, nous nous sommes intéressés aux rapports entre la police et les jeunes du quartier.

Molenbeek, commune bruxelloise de 96 000 habitants, est devenue tristement célèbre car elle fait partie des principaux lieux de transit des terroristes. À la suite des attentats de Paris, le ministre de l’Intérieur belge a donc décidé de renforcer les effectifs de la police locale.

À l’image de Clichy-sous-Bois, au lendemain des révoltes de 2005, Molenbeek est soumis à une recrudescence des contrôles de police. Après les attentats meurtriers de Paris, le 13 novembre dernier, la Belgique a mis en place un plan de sécurité, le « plan Canal ». Ce dernier ayant pour objectif d’augmenter de 300 agents les effectifs de la police locale dans les quartiers « sensibles » pour combattre la radicalisation. À l’initiative de Jan Jambon, ministre de l’Intérieur, le « plan Canal » était à l’origine uniquement prévu pour la commune de Molenbeek-Saint-Jean, situé au nord-ouest de Bruxelles. Désormais il s’étend sur sept communes du pays et nécessite un budget de quinze millions d’euros. Mais un renforcement sécuritaire est-il efficace si le rapport entre les jeunes et la police locale est déjà délétère ?

Bordée d’un canal, Molenbeek est d’apparence tranquille. Ici, il n’y a pas de cités mais de charmantes maisons en briques rouges. Une différence est notable : loin de l’image de nos banlieues françaises, les problèmes de la commune sont, de prime abords, invisibles. Pourtant, malgré une baisse de la criminalité, la jeune population est soumise à de fréquents contrôles de police. Cette « surveillance » permanente attise les tensions entre la police et les jeunes.

Pour Patricia Verschueren, chef de section dans la commune de Molenbeek, le rapport avec les jeunes est comme partout : « En général ça se passe bien (…) à partir du moment où il y a un dialogue, que chacun reste à sa place, les relations restent correctes. Je parle toujours de respect : s’il y a une confrontation avec un jeune, c’est qu’il y a un manque de respect » .

Pour  Soulimane et Othomane, deux éducateurs molenbeekois de dix-huit ans, le réel problème est la confiance. Soulimane dit avec une pointe d’humour « Question de confiance ? Je ne leur fais pas confiance. J’ai jamais eu de problèmes avec la police mais des contrôles j’en ai tout le temps. Et c’est tout le temps les mêmes que l’on croise». Pour ce qui est du contrôle au faciès, l’animosité des jeunes envers la police ne s’épuise pas. «  Dès qu’il voit une tête de Marocains, d’Égyptiens, ils contrôlent d’office ». Comme pour dénoncer cette discrimination, un récent sondage démontrent que la police n’est pas suffisamment représentative de la population locale. Othomane confirme cette impression « c’est sûr que s’il y avait plus de Marocains policiers, qui connaissent notre culture, le dialogue serait plus facile ». À contrario, la policière pense que « ce n’est pas parce qu’ il y a plus de Magrébins que ça change quelque chose. Au contraire le policier devrait encore plus se justifier ».

D’anecdotes en d’anecdotes, les deux jeunes molenbeekois dénoncent les bavures policières. Selon Soulimane, certains de ses amis auraient été frappés par des agents de police. Ils renchérit : « faut que les flics fassent attention aux gaffes qu’ils font… Des gaffes graves… ». La policière  nuance mais reste prudente :  « il y a du travail qui est bien fait, d’autre qui est moins bien fait. De l’autre côté aussi, parfois ça se passe mal parce que les jeunes ont eu des mauvaises expériences et ont de mauvais a priori ».

Question prévention par contre, Patricia Verschueren est en panne sèche. Elle répond par des opérations de répressions. « On met des PVs, on fait des arrestations, après il y a toujours du dialogue.. Mais nous sommes des policiers donc on fait notre métier ». Soulimane et Othomane eux aussi restent lucides : « « je ne dis pas que les jeunes sont des anges ni que les policiers sont mauvais ». Seulement, ils déplorent que la réponse aux problèmes est systématiquement répressive. « Être préventif plutôt que répressif ? Jamais un policier ne m’a fait la morale…».

De Clichy-sous-Bois à Molenbeek, il n’y a donc qu’un pas. Dernièrement, la commune a vu le nombre de ses effectifs de police encore se renforcer. Même si ce cela permet un « soulagement » pour la police locale, Patricia Veschueren considère que çe n’est pas suffisant pour combattre le radicalisme. Depuis le 13 novembre, les contrôles se sont intensifiés, mais la relation entre les jeunes et la police demeure inchangée. Malgré ce renforcement sécuritaire, la confiance et le dialogue restent toujours au coeur de la problématique.

Pénélope Champault

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