« I am Troy Davis, I am Troy Davis ! » Ce sont les paroles plusieurs fois répétées par les personnes venues se rassembler vendredi  soir sur la place Stravinsky, tout près du Centre Pompidou dans le 4e arrondissement de Paris. Au téléphone avec la famille de ce condamné à mort, Nicolas Krameyer d’Amnesty International France demande aux manifestants de montrer leur soutien en criant ces quelques mots. Ému d’entendre les encouragements des 200 personnes présentes, Nicolas Krameyer contrôle tant bien que mal ses larmes lorsqu’il parle au téléphone avec la sœur et le neveu de Troy Davis. Il leur apprend « qu’en France aussi les gens se sont mobilisés en répondant à l’appel lancé depuis les États-Unis pour ce rassemblement. »

Aux manifestants présents, il explique le combat que mène depuis des années cette famille pour sauver Troy Davis du couloir de la mort. En particulier la sœur du condamné, Martina. Avec son téléphone et un micro à la main, Nicolas Krameyer leur fait écouter la voix du neveu qui remercie les personnes d’être venues aujourd’hui. Dans l’assistance, les gens écoutent les discours qui se suivent. En plus d’Amnesty International, d’autres organisations à l’instar du Collectif Mumia Abu Jamal ou la Ligue des Droits de l’Homme prennent le micro pour rappeler la date butoir de l’exécution prévue de Troy Davis. Bertrand Delanoë et Yamina Benguigui n’ont pas fait le déplacement. Un membre de la commission des relations internationales à la mairie de Paris les remplace, « il faut continuer a parler de Troy Davis encore et encore de son histoire et de son humanité car nos mots peuvent sauver une vie. » assène-t-il.

Parmi les manifestants, Faty Koumba. Cette femme engagée dans la lutte pour les libertés, les droits de l’homme et la non-violence est responsable associative. Sa structure porte d’ailleurs son nom. En France depuis à peine quatre heures, elle est « arrivée directement de l’aéroport pour rejoindre ce rassemblement de la dernière chance. » En plus d’être engagée pour Troy Davis, son association qui porte son nom, soutient aussi Mumia Abu Jamal, un autre probable innocent qui croupit depuis maintenant 30 ans dans le couloir de la mort. Une autre femme relativement âgée a su par le biais du site Internet d’Amnesty International qu’il y avait un rassemblement et une pétition, « ce combat  me rappelle 1968. Les gens se mobilisaient aussi pour faire avancer les choses dans la société et faire comprendre aux dirigeants de l’époque leurs droits et leurs libertés » explique-t-elle.

Quelques bougies jaunes rappelant les couleurs d’Amnesty International s’allument. À force de mobilisation depuis 2007, l’ONG a pour grande partie permis de faire reporter l’exécution de cet homme à trois reprises. Aujourd’hui, leur seul espoir réside dans la décision que prendra le Comité des grâces ce lundi 19 septembre, seule compétent pour commuer la condamnation.

L’affaire Troy Davis

Condamné à mort en 1991 pour le meurtre de Mark Allen MacPhail, policier abattu le 19 août 1989 dans l’état américain de Géorgie, Troy Davis crie son innocence depuis son le début. Ayant toujours nié la thèse selon laquelle il aurait tenu l’arme qui a servi à abattre le jeune policier âgé de 27 ans, il a cependant reconnu s’être trouvé à l’endroit de la fusillade au moment des faits. S’il clame son innocence depuis vingt ans et qu’aucune preuve matérielle ne permet de faire le lien avec lui, le juge s’est exclusivement fondé sur des témoignages.

En 1995, sur les 9 témoins que comptait l’accusation, 7 d’entre-eux se sont soit rétractés ou contredits dans leur propos. Comme Steven Sanders qui qualifie le meurtrier de gaucher alors que Troy Davis est droitier. D’autres de ces témoins ont même reçu des pressions de la part des collègues du policier tué. Parmi les témoins, Sylvester Coles. Il est devenu le principal suspect, mis en cause par de nouveaux témoins, dont M. Gordon. Ce dernier affirme que Coles, dont il est parent, lui a confié dans le passé qu’il était le véritable auteur de l’homicide. Il n’aurait rien dit sur le moment par peur de représailles. Depuis 2007, ce sont quatre décisions d’exécuter Troy Davis qui ont été prises. La dernière en date est fixée au mercredi 21 septembre.

Hana Ferroudj

Vidéo réalisée par Amnesty International :

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