TOUR D’EUROPE 2014. Première étape d’un voyage de deux semaines pour Anne-Cécile à travers le vieux continent et les récents Etats membres : Bucarest, Roumanie. Retrouvez leur carnet de route et tous les articles sur notre page spéciale.

« Mama ! mama ! » Une mère et sa fille se retrouvent et s’enlacent. Des châles aux motifs fleuris et sinueux s’agitent dans les airs. Les voix sont douces, entraînantes, les gestes sont fluides et amples. Le parfum musqué des foulards locaux se mêle doucement aux odeurs de l’aéroport et à celles des voyageurs nouvellement arrivés. Les bracelets des femmes contrastent agréablement avec leur teint et s’entrechoquent à chaque mouvement. Un peu de rouge à lèvres sur ces visages hâlés, tout au plus. Le temps passe autrement ici.

20140511_12200520140511_12200518H. Sortie de l’aéroport international de Bucarest. Un jeune garçon, la dizaine et le teint bruni par le soleil, plante tranquillement son regard autour de lui. Il murmure quelques mots en boucle. Dans sa main gauche une douzaine de roses couleur pourpre. Il fait partie du décor. Le soleil à l’horizon, filtre derrière les grands espaces verts. Sur la route qui borde le centre-ville, les ambassades et les monumentshistoriques côtoient de vieilles construction désertées, aux murs noircis, aux barrières rouillées. Deux univers qui se rencontrent un peu brusquement. La patte du capitalisme, avec ou sans l’Europe. De part et d’autre de la route, quelques grandes affiches pour la campagne présidentielle de Roumanie. Les taxis jaunes et oranges sillonnent les rues à toute vitesse.

Deux immenses giratoires investis par des sculptures de logos de Mercedes et de Samsung. Celui de Dove se dresse entre les antennes usées des immeubles. La Roumanie a aussi son Arc de triomphe mais « L’avenue Kiseleff est plus grande que celle des Champs-Elysées » rappelle malicieusement un jeune roumain assis dans le bus. Entre les arbres, au fil des kilomètres, des dizaines de drapeaux flottent doucement au vent. Celui de l’Europe et celui de la Roumanie. « On a fêté l’Europe hier » poursuit le jeune homme. Il a l’air enthousiaste. La patte de l’Europe ?

18h35. Arrivée à Piata Romana par l’Express 783. Pas d’arrêt de bus formel, pas d’horaires fixes. Juste un panneau rectangulaire indiquant « RATB » (Régie Autonome des Transports de Bucarest) et quelques numéros de ligne déjà effacés par le soleil. De la RATP à la RATB, une seule lettre change et pourtant… Des affiches publicitaires, immenses, au dessus des passants. Coca-Cola, Vodafone, la Société générale. Ici, les grandes marques et les hôtels de luxe trônent au milieu des bâtiments en friches aux mur de briques salis, fissurés. Au milieu des rues, des morceaux de jardin, encombrés de parpaings, de sable et de déchets. La végétation reprend malgré tout ses droits.

20140511_16134019h30 Strada Transilvania dans le secteur 1. Le soleil adoucit encore doucement les contours des bâtiments. Deux jeunes marchent tranquillement direction Piata Victoriei. Jean et basket. Ali et Laila, tous deux étudiants en médecine, ont 19 et 21 ans. Ils connaissent Bucarest comme leur poche. Originaires d’un petit village au nord-est d’Israël, ils sont venus étudier ici « pour moins cher »et avouent qu’ils ne comptent pas y rester. Ils racontent Bucarest et son histoire. Ils se dirigent vers le quartier Lipscani. Des dizaines de bâtiments énormes, majestueux qui sont pour la plupart des banques. Des bâtiments élancés et impressionnants et pourtant cette étonnante proximité entre les gens, cette chaleur dans les échanges. « C’est là que ça bouge le plus ! »«  Tu connais Indila ? Je l’adore ! Et Stromae ? »

1 euro = 4,4 Leu. Le cocktail est à 13 LEU donc un peu moins de 3 euros et encore, le bar qu’Ali et Laila ont choisi est l’un des plus chers… Laila marche tranquillement. Calea Victoriei : «  tu vois là, c’est la plus ancienne église, et puis là-bas, c’était le café préféré de Ceausescu ! » Un peu plus loin :  « Et là, c’est la place où il a été fusillé avec sa femme ! » « Les roumains sont des gens très croyants tu sais ! Ici, les chrétiens orthodoxes sont majoritaires. » Au détour d’une rue, on fait du business au nom de Dieu. Des calices, des ciboires, des croix, des chapes, en vitrine comme on vendrait de la décoration.

Les rues sont un peu désertes. Il est 23h, retour à Strada Transilvaniei. Un chat fouille à l’instinct dans une poubelle et s’enfuit en courant. Plus loin un chien dort dans un bac à fleurs, sans fleurs. On entend respirer un SDF à deux pas de nous, emmitouflés sous ses couvertures. Autour de moi, les murs sont tagués et envahis par les lierres. Quelques lumières filtrent encore sur fond de musique Hindie et électro. « Noapte Buna Bucarest sector 1 ! ».

Anne-Cécile Demulsant

Retrouvez notre page : Tour d’Europe 2014.

Articles liés

  • GameStop : révolution des traders amateurs ou victoire illusoire ?

    C’est un vent de panique qui a soufflé sur Wall Street en ce début d’année lorsque des traders en herbe, inscrits sur un forum Reddit de conseils boursiers, se sont coordonnés pour faire échouer les plans de puissants fonds d’investissements concernant une franchise de vente de jeux-vidéos. Retour sur cette folle saga qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

    Par Yunnes Abzouz
    Le 04/03/2021
  • Une école francophone à Gaza pour l’avenir des Palestiniens

    À Rafah, au sud de Gaza, l’association Tabassam Gaza entreprend d’ouvrir une école francophone. Son président Waleed Aboudipaa, enseignant de français et humanitaire gazaoui tente de proposer une offre éducative aux écoliers de la ville dont la scolarité est menacée par la guerre avec Israël et la pauvreté qui en découle.

    Par Amina Lahmar
    Le 15/02/2021
  • « Sans le vouloir on contribue au génocide des Ouïghours »

    Les États-Unis, par le biais du secrétaire d'État sortant Mike Pompeo, ont accusé la Chine de "génocide" et de "crime contre l'humanité", à propos du traitement réservé à la minorité musulmane des Ouïghours, réduite en esclavage dans des camps et acculturée par le régime. Une accusation historique, dans une période où la cause de cette minorité a été plus que jamais médiatisée. Mais où en est-on dans la lutte pour la libération d'au moins un million de personnes ? Entretien avec Dilnur Reyhan, présidente de l'institut ouïghour d'Europe.

    Par Lila Abdelkader
    Le 22/01/2021