Depuis plus de quarante ans, la famille el-Assad terrorise le peuple syrien. Ce régime criminel a fondé sa dictature sur la peur. Mon histoire familiale en témoigne, un oncle qui est raflé alors qu’il n’a même pas la vingtaine, au cours des années 80. Nous n’entendrons plus jamais parlé de lui. La simple mention de son nom fait pleurer. Un autre torturé à l’électricité, pratique courante et banale dans les postes de police et les prisons syriennes.

On parle des régimes totalitaires dans les livres d’histoire, mais on devrait étudier le régime syrien : culte de la personnalité, parti unique, rafle des jeunes, torture, propagande, espionnage, services de renseignements, humiliation, massacre. Créer la peur, alimenter la peur, détruire le moindre espoir, le moindre rêve. Pour détruire une personne, on l’humilie, on la rabaisse. La peur est telle que même à l’étranger, les Syriens se méfient les uns des autres.

C’est donc avec la rage au ventre que j’écris ces mots. Rage, après avoir vu les dernières vidéos insoutenables de la boucherie qui se déroule actuellement, aux yeux de tout le monde, en Syrie. Rage de savoir que la communauté internationale a mis plus de 40 jours à réagir, et qu’elle traîne encore des pieds. Mais pour vous décrire mon état mental, mon état physique, mon état psychologique, il n’y a guère de mot. C’est une explosion de sentiments, qui sont tout autant contradictoires les uns que les autres.

Je suis d’abord sous le choc, par la violence des scènes : je détourne mon regard de l’écran, n’étant pas habitué à voir du sang, mais les cris attirent mon attention. Peu à peu, mon corps se glace, je sens mon cœur s’emballer, se confondant avec les cris, mes battements de cœur résonnent, je ressens des bouffées de chaleur, mes battements de cœur se confondent avec les tirs de mitraillettes. Je suis tétanisé. Des enfants, des gamins, qui avaient les mêmes rêves que moi, qui avaient une mère qui les chérissait, qui avaient un père prêt à mourir pour eux, la cervelle explosée, déchiquetée par une balle de sniper. 

Des jeunes de mon âge, la tête arrachée à moitié, sans mâchoires. Les corps jonchent le sol, les images, le sang et les cris se mêlent. La levée de l’état d’urgence s’annonce pire que l’état d’urgence. Ce n’était qu’un leurre. J’ai du mal à reprendre mes esprits, des flashs d’images me reviennent, et cet horrible son de mitraillette résonne encore dans ma tête.

Je n’ai pas le temps de reprendre tous mes esprits, que la rage m’envahit, la colère monte en moi. Je suis soudain pris d’une folle et noble volonté de vouloir me rendre sur place, de passer de l’autre côté de l’écran. La réalité me rattrape,  je suis pris de sanglots. Je pleure. Je pleure ces martyrs, je pleure ces enfants, je pleure ce pays. Je suis abattu. Je me sens impuissant. Je me sens vide, je me sens inutile. Comment pourrais-je les aider, que puis-je faire ?

Dans mon désarroi, je parcours les sites d’informations, et plus je les parcours, plus je ressens un sentiment de révolte monter en moi. Pour avoir la moindre information sur la Syrie, il faut chercher, chercher et chercher. Et lorsque je lis un article, je suis abasourdi de voir à quel point la situation est minimisée. Les informations réelles et la propagande de la dictature syrienne s’y mêlent. Je ne parle même pas des journaux télévisés, qui ignorent et minimisent complètement la situation.

Le silence des hommes politiques pendant près d’un mois est assourdissant. A l’heure où j’écris cet article, soit 42 jours après le début du soulèvement et des premiers carnages, la communauté internationale réagit timidement. Etant spectateur de toute cette désinformation, reprenant peu à peu mes esprits, motivé par la rage, l’espoir, la volonté d’être un acteur de cette révolution, de ne pas trahir mes frères, de ne pas laisser ces martyrs mourir en vain, je décide d’apporter ma modeste contribution à cette révolution.

L’esprit clair, la lucidité de retour, les sentiments renforcent ma conviction, ma rage se transforme en une flamme motrice, je suis prêt pour apporter ma modeste contribution. La remarquable jeunesse française d’origine syrienne s’active sur les réseaux sociaux. Après avoir créé un groupe Facebook pour diffuser les informations, nous participons aux manifestations contre le régime totalitaire. Les sbires du régime ne sont pas loin, ils piratent le groupe français de la révolution syrienne qui comptait plus de 500 membres. Des membres du groupe voient leur ordinateur piraté. Face à ce cuisant échec, un nouveau groupe Facebook est créé « Pour une Syrie libre ». Je vous invite d’ailleurs à le rejoindre pour vous tenir informé et soutenir cette révolution.

Nous avons d’ailleurs envoyé une lettre, via le site internet de l’Elysée au Président de la république, pour dénoncer le comportement inacceptable d’Eric Chevallier, ambassadeur de France en Syrie, qui par ses déclarations et ses actes, a soutenu la propagande du régime syrien. Ce dernier s’est fait remarquer par son attitude que l’on peut qualifier d’au moins complaisante si ce n’est d’amicale, envers Bachar el-Assad et son cousin Rami Makhlouf. Il a tout d’abord déclaré sur la radio syrienne Sham FM, qu’il y a une conspiration contre la Syrie et une exagération des médias. Comme rapporté par Le Figaro du 14 avril 2011, Eric Chevallier ajoute qu’il faut donner du temps au président syrien, et qu’il ne faut pas exclure que des mains étrangères soient derrière les manifestations.

Par ailleurs, l’ambassadeur a invité à déjeuner à la résidence de France, Rami Makhlouf, connu pour être « la pompe à finances » du régime baassiste. Cette complaisance est similaire aux déclarations inacceptables de Michèle Alliot-Marie au cours des premières manifestations du peuple tunisien pour sa liberté. De plus, l’ambassadeur a repris mot pour mot la propagande d’un dictateur sanguinaire, concernant les origines étrangères des troubles dans le pays. Etant français, je trouve inacceptable que cet ambassadeur représente la France. Il est à l’opposé des valeurs mêmes qui forment le socle de notre pays : liberté, égalité et fraternité.

Mo3taz billah, 24 ans, région parisienne

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