Le virus Ebola qui sévit depuis plusieurs mois en Guinée, au Liberia, au Sierra Leone, en RDC et maintenant au Sénégal, a fait près de 1500 morts et inquiète les pays frontaliers comme la Côte d’Ivoire. Mohamed y a recueilli quelques témoignages, entre rumeurs et peurs.

Cinq petites lettres et une psychose bien réelle. E-bo-la. S’il y a bien un mot qui retient l’attention de tous en ce moment à Abidjan, c’est sans aucun doute celui-ci. Présent sur toutes les lèvres, ce mot ne laisse personne indifférent. « On dit qu’il y a Ebola en Côte d’Ivoire, alors on va éviter de se serrer les mains » c’est ce que se disent les jeunes à chaque poignée de main. Néanmoins derrière le rire se cache souvent la peur. Car dans les rues d’Abidjan, le virus angoisse de  plus en plus. « Vu comment cette maladie tue rapidement les gens, je ne veux même pas que virus vienne ici, affirme Adama, 19 ans étudiant.  Je regarde la télé, et entends les journalistes parler des morts dans les autres pays, franchement ça me fait peur » .

En Afrique de l’Ouest, la Guinée et le Libéria, sont les pays les plus touchés par l’épidémie. Alors forcément cela affole les Abidjanais, car ces deux pays partagent leur frontière avec la Côte d’Ivoire. En effet ces derniers sont bien conscients que le virus peut frapper à tout moment à leur porte. « On ne doit laisser aucun Guinéen ou Libérien rentrer en Côte d’Ivoire » me lance une dame avec pessimisme, avant de poursuivre : « les frontières doivent être fermées sinon on est foutu, car on peut tous être contaminés sans même le savoir ».

D’autres habitants, plus sereins, préfèrent prendre tout cela avec détachement. C’est le cas d’Ernest. Cuisinier dans un petit restaurant, il me livre, entre deux miroitements, son sentiment sur la propagation probable du virus dans la ville. « Ebola à Abidjan ? Jamais de la vie. Cette maladie n’arrivera pas ici. C’est dans la tête que ça se passe ».

Face au risque bien réel de propagation du virus dans le pays, les autorités ivoiriennes ont annoncé « l’annulation de tous les vols d’air Côte d’Ivoire au départ et en provenance des pays touchés par l’épidémie ». Ils ont par ailleurs décidé de surveiller scrupuleusement les frontières. Toutefois cette annonce ne rassure pas pour autant tout le monde. « Si ça se trouve il y a des gens qui sont contaminés par le virus en Côte d’Ivoire, mais les autorités le cachent pour ne pas affoler les gens » Ousmane, 25 ans étudiant.

A Abidjan, les rumeurs vont bon train au sujet du virus Ebola. Ainsi des méthodes de protection contre le virus, plus ou moins saugrenu, circulent.  « Moi on m’a dit que si tu te laves avec de l’eau salée, tu es protégé contre le virus. Je me suis donc lavé avec de l’eau salée. Je ne sais pas si ça marche, mais on verra » Mariam, 17 ans, vendeuse.

Comme une épée de Damoclès, le virus Ebola plane au-dessus de la tête des Ivoiriens. Et chacun y va de sa petite prière pour éviter que l’annonce d’une épidémie de fièvre hémorragique à Abidjan, tombe comme un couperet. Conscientes, les autorités mettent tout en œuvre pour éviter cela. S’ils y parviennent, ils obtiendront sans doute  leurs lettres de noblesse en Afrique de l’ouest.

Mohamed K. 

Articles liés

  • Bamako vu de Paris : le regard de la diaspora sur la junte au pouvoir

    Le Mali est au centre de l’actualité internationale. Accusations de crimes de guerre en lien avec les milices Wagner ; restrictions de la liberté de la presse ; fin de l’opération Barkhane, la junte militaire au pouvoir est largement décriée. Les injonctions de la communauté internationale afin que le pays organise des élections démocratiques se multiplient. Mais quel regard les Maliens de la diaspora, très présents en France, portent-ils sur les mutations politiques de leur pays ?

    Par Rémi Barbet
    Le 09/05/2022
  • Ukraine : la fuite des exilés africains à la marge

    Depuis le début de l'attaque de l'armée russe en Ukraine, étudiants étrangers et expatriés de longue date ont pris la route de l'exil, avalés par le basculement de l'invasion russe. Des ressortissants africains ont documenté et témoigné sur les réseaux sociaux de pratiques ségrégationnistes de la part des autorités ukrainiennes, dans un pays qu'ils chérissent pourtant. Témoignages.

    Par Meline Escrihuela
    Le 02/03/2022
  • Malgré le mépris européen, la CAN a bien lieu

    La 33ème édition de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) 2022 a débuté au Cameroun le 9 janvier dernier. Pendant des semaines, la CAN a été sujette à des rumeurs de report ou d’annulation. La FIFA et certains clubs européens ont souhaité jusqu’au bout gâcher la fête du football africain, en invoquant des arguments jugés méprisants voire racistes à l’encontre de l’Afrique. Décryptage.

    Par Mokrane Smaili
    Le 10/01/2022