Mes parents ont décidé que cet été on irait faire un tour au pays des pharaons : l’Egypte. Partir après le printemps arabe ne tranquillisent pas vraiment les proches, mais tant pis, c’était un voyage prévu depuis longtemps, et étant donné les événements, les prix ont baissé. Alors pourquoi se priver ? Nous commençons les vacances par une semaine sur le Nil, en croisière, de Luxor à Assouan. Nous ne sommes pas plus de 40 passagers sur un bateau immense, qui peut en compter au moins 500. On se croirait sur un yacht privé. « Il y a plus de personnel que de touristes », remarque Christiane, une passagère. En effet entre les hommes d’entretien, les serveurs, les réceptionnistes, les barmans, le caméraman, le DJ et la masseuse, les touristes sont cajolés.

A chaque escale du bateau, on part en excursion : le temple de Karnak, le musée nubien, Assouan, la Vallée des rois… Notre guide, une femme, nous a prévenus : « Quand vous sortez non accompagnés, faites attention, les vendeurs vous agrippent, alors restez en groupe. »

Effectivement dès qu’on met un pied hors du bateau, on a droit à : un taxi ? Une calèche ? Des porte-clefs et bracelets ? De l’eau ? Papyrus ?, etc. Et si vous ne dites pas oui, adultes, enfants, vieillards vous poursuivent. Certains en viendraient presque aux mains pour obtenir nos faveurs. Cet aspect-là des vacances ne correspond pas vraiment à l’idée que l’on se fait d’une croisière féérique, avec des îles paradisiaques, ni au romantisme du Titanic !

Non, ici, on est plus confronté à la réalité et justement la guide nous l’explique discrètement : « Les journaux et la télé disent qu’on a gardé 30% de la clientèle touristiquemais je vous le dis entre nous, c’est plutôt 10 ou 15% au maximum. » Les Egyptiens auraient donc perdu 85 à 90% de leur clientèle. On comprend maintenant pourquoi les touristes sont harcelés, ils sont si peu.

A chaque arrêt, notre « yacht privé » s’amarre à côté d’autres bateaux qui, eux, sont totalement déserts, à l’exception de deux ou trois membres de l’équipage qui monte la garde. Notre guide nous raconte qu’elle-même n’a pas travaillé depuis plus de six mois parce que les touristes se sont faits rares. Nous apprenons que le bateau sur lequel nous naviguons risque de rester à quai à la fin de notre séjour.

Nous quittons notre embarcation pour Marsa Alam, une ville nouvelle, proche d’Hurghada. Nous y arrivons à 20 heures. Surprise : l’hôtel club est pour ainsi dire vide. On se dit que ça ira mieux demain, de toute façon après 5 heures de route dans le désert, ça ne pourra qu’aller mieux. Eh bien non, le lendemain, le surlendemain et tout le reste de la semaine, l’hôtel club reste toujours aussi peu fréquenté.

Ce n’est pas désagréable…  Enfin il ne fallait pas partir dans l’optique de rencontrer des gens. En tout cas,  ne pas faire la queue au restaurant, ne pas se battre pour un transat, avoir six piscines pour dix personnes, on ne crache pas dessus. Brahim, le représentant de notre tour-operator, nous fournit des explications : « L’hôtel peut accueillir 881 vacanciers, cette semaine vous étiez une cinquantaine. C’est une vraie crise économique que nous traversons. C’est dur d’embaucher du personnel dans les hôtels parce que nous n’avons plus beaucoup de moyens, donc nous privilégions des jeunes de 18 ans, voire moins, qui n’ont pas trop d’expérience. »

Traverser plusieurs villes et villages, côtoyer le luxe du bateau aussi bien qu’approcher la pauvreté de la population : le contraste est frappant. C’est sûr, il faut supporter la chaleur étouffante qui frise parfois  les 50 degrés, mais l’Egypte reste un pays à visiter.

Sarah Ichou

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