Les anglais ne manifestent pas souvent mais quand ils le font, ils le font sérieusement. Samedi 20 octobre, des dizaines de milliers de manifestants se sont assemblés pour protester contre l’austérité menée par le gouvernement conservateur de David Cameron. Ce rendez-vous annoncé de longue date a réuni de nombreuses organisations et plus de 250 cars ont été affrétés pour l’occasion. Contrairement à leurs homologues français, les syndicats sont organisés par groupes de métiers. Dans le cortège se succèdent donc des banderoles du syndicat des pompiers, des infirmiers, des cheminots, des professeurs et bien d’autres.

Le Royaume-Uni connait actuellement son troisième plan d’austérité. L’impopularité grandissante du gouvernement conservateur n’a pas empêché David Cameron d’annoncer 10 milliards de livres (12,5 milliards d’euros) de coupes supplémentaires lors de la conférence de son parti le mois passé. Après les retraites et les frais de scolarité des étudiants, le gouvernement pourrait s’attaquer à la sécurité sociale britannique, le National Health Service. Au cours de la même conférence le premier ministre britannique refusait la proposition de ses alliés Libéraux de créer une taxe sur le patrimoine tout en promettant « une action future s’assurant que les riches payent leur part ».

L’ambiance est festive et la marche se fait au son des fanfares multiples et variées. Les pompiers ont cependant remporté la palme de l’ambiance avec leur quatuor de cornemuses écossaises. Dans la foule je rejoins un ami de Sciences Po, membre très actif du Parti Communiste Français. Antoine est surpris par l’organisation de la marche : « D’un côté c’est très dispersé, il y a tellement d’orgas différentes. Mais d’autre part, ils distribuent des pancartes à foison et ont d’énormes banderoles ». En formes de panneaux d’interdiction de stationner, ces écriteaux martèlent le slogan : « No Cuts » (« pas de coupes »). D’autres s’en prennent aux conservateurs, réclamant « Tories Out ».

Parmi tous les manifestants, les étudiants sont les plus remontés. Très friands de chants provocateurs, les élèves du King’s College London n’hésite pas et entonne à plein poumon : « Tories, Scumb, Torie,s Scumb » ou encore  « Maggie, Maggie, die, die, die » en référence à la leader Torie Margaret Thatcher. Mais l’hymne de l’après midi est surtout un appel à la résistance acharnée : « When they say cut back, we say fight back. Cut Back ? Fight Back ! ». Dilan, 20 ans ne peut plus supporter l’arrogance des Tories : « Il va falloir qu’ils comprennent que personne ne veut de ces coupes budgétaires dans ce pays. Ils n’arriveront pas à nous faire croire qu’il n’y pas d’autres solutions ».

Tout au long du cortège des volontaires distribuent des petits cartons spécifiant les droits que chaque manifestant peut faire valoir en cas d’arrestation. Malgré la forte tension sociale, la présence policière se fait discrète, ne s’affirmant qu’aux alentours du Parlement et de la résidence du Premier Ministre. Contrairement aux précédentes manifestations de 2011, il n’y eut aucune violence à déplorer ce samedi. Le long du parcours la police avait particulièrement protégé les nombreuses enseignes Strarbucks. Le groupe a récemment été l’objet de menaces suite à la révélation  d’une évasion fiscale importante de sa part.

Au milieu de la foule, une poignée de syndicalistes français SUD et CGT sont venus apporter leur soutien. Fred habite dans la région de Lille. Levé à 3h du matin pour prendre le train il repart le soir même après la manifestation. Mais pour cet employé du service public la présence de délégations européennes est primordiale : « C’est un peu tout l’esprit du service public qu’on vient défendre. J’ai croisé tout à l’heure des délégués espagnols portugais et grecs, ça m’a fait plaisir de leur montrer notre soutien ».

Rémi Hattinguais en direct de Londres

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