« Un séjour à l’étranger c’est aussi l’occasion de se sevrer, semble me dire la bûchette de chèvre à 3,35 €. » Pourtant Dave disait bien que « La Hollande, [c’est] l’autre pays du fromage. »  Il avait oublié de préciser que c’est plutôt le pays du Gouda, une ville de 72 000 habitants qui inonde les rayons des supermarchés du fromage du même nom. Gouda au cumin ou râpé, en tranches ou entier, à la coupe ou emballé. Il s’expose sous toutes les coutures sous mes yeux ébahis, mais laisse de marbre mes papilles, qui préfèrent les fromages à pâte molle. Mon porte-monnaie tranche : ce sera du Gouda au cumin, cinquante pourcent moins cher que la belle tranche de brie à 3,50 €.

Les habitudes alimentaires des Hollandais, au même titre que cette fameuse publicité des années 90, peuvent dérouter le profane. Pour une intégration dans le plat pays, petite leçon de gastronomie hollandaise.

Selon Loes et Milja, Amstellodamoises d’adoption, il existe deux types de petits-déjeuners. Des céréales, type muesli, dans du yaourt, avec un jus d’orange ou le banal pain, confiture accompagné de thé ou de lait. « Pour moi c’est souvent une brioche avec un yaourt à boire dans le tram. » Loes avoue de ne pas toujours prendre le temps pour son premier repas de la journée, pourtant reconnu par les nutritionnistes comme étant le plus important de la journée. Peut-être se rattrape-t-elle le midi ?

Si elle fait de même que mes collègues, son déjeuner aussi est pris sur le pouce. Un sandwich au fromage avec une tranche de viande froide, une salade et un yaourt à boire suffisent à composer le plateau-repas officiel, pour une pause déjeuner de 30 minutes, arrêts pipi et cigarette compris. Les plus pressés se sustentent devant leur ordinateur, les prévoyants auront préparé leur sandwich, et pour les autres le choix entre deux plats chauds à la « canteen », dont les noms comme la texture ne mettent pas toujours en appétit. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que mon estomac crie famine dès 17 heures. Pour y remédier, deux options : la première le tromper en lui proposant un fruit ou un bol de soupe instantanée, « cup-a-soup » par exemple, la marque préférée de Milja ; la seconde, plus saine, dîner à 18 heures. Et là les choses sérieuses commencent. Car en tout logique, il devrait s’agir du repas le plus copieux de la journée, de l’heure pour mes papilles de se délecter et pour mon ventre de se remplir. 

Dans la pratique le repas du soir dépendra essentiellement de mes capacités à cuisiner les produits, locaux ou non, proposés à la vente. Et à l’image de ma quête de crème fraîche, pour le moment restée vaine, je serai tentée de garder mes habitues hexagonales. Alors, pour faire couleur locale, rien de tel qu’un restaurant ! « La ville [en] regorge, poursuit Milja. Tu vas trouver pleins de restaurants indiens, japonais, italiens … » « Mais je n’ai pas vraiment trouvé de restaurant typiquement hollandais !, lui dis-je. » « En fait, on considère les cuisine indonésienne comme faisait partie de notre patrimoine national. » [Les indonésiens représentent la première et plus importante vague d’immigration non-européenne aux Pays Bas après la Seconde Guerre mondiale]. Ça jette un mystérieux voile sur la cuisine hollandaise avant cette époque. A en croire Loes, elle reposait sur trois éléments : pommes de terre, viande et légumes. « De temps en temps, du riz ou des pâtes, mais certainement pas des lasagnes ou du riz à la thaï ! ajoute-t-elle. » Le trio simple mais efficace a ses adeptes. « J’adore manger hollandais, c’est une cuisine qui tient au corps : des patates, des saucisses. Ça permet de tenir en hiver ! me confirme Noah, anglais installé depuis 13 ans dans la capitale. »

En résumé, manger hollandais c’est aussi bien apprécier une simple purée de pommes de terre que découvrir un Nasi Goreng, boire du lait aromatisé à la mangue ou croquer dans un sandwich au saumon fumé. Par son rythme saccadé, elle rappelle l’américain hamburger Coca XXL, l’obésité en moins. Car contrairement à ce que martèlent les nutritionnistes, le grignotage n’est pas cause d’obésité, en Hollande tout au moins. Une exception à la règle à rapprocher du nombre de cyclistes ?

Bouchra Zeroual

Bouchra Zeroual

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