Plage de Copacabana, le soleil tape. Le thermomètre affiche 35 degrés. Heureusement, les vendeurs ambulants de canettes fraîches sont un peu partout. Mais on peut aussi rencontrer des ramasseurs de canettes ! Rencontre.

On connaît le Brésil balèze en football. Il y a aussi le recyclage de canettes. Avec un taux de recyclage de 97% des canettes du pays, le Brésil a obtenu l’an dernier, pour la quatrième fois consécutive, le meilleur résultat mondial. Les premiers responsables de cette performance sont les “catadores”, autrement dit, les recycleurs de rue. Ils sont à la base de ce grand modèle de recyclage au Brésil.

Ce phénomène, je l’avais déjà lu quelque part, mais je l’avais oublié ! Jusqu’à ce jour de décembre 2012, posé sur la plage de Copacabana à Rio de Janeiro. On est le 25 décembre, le soleil tape, il fait très chaud : 35 degrés. Je décide naturellement de me rafraîchir avec un soda. Soudain, j’aperçois à plusieurs reprises des brésiliens qui longent la plage avec une sorte de sac poubelle plein à craquer. Un de ces brésiliens s’approche de moi et me parle en portugais. J’ai du mal à le comprendre mais je comprends que ce qu’il l’intéresse, c’est ce que je suis en train de boire, un bon coca bien frais. Naturellement, je lui propose de la prendre pour la finir. Mais en réalité, ce qui l’intéresse, c’est la canette mais vide ! Eh oui, c’est un recycleur de canettes.

NilsonNilsonNilson a 29 ans, c’est un brésilien qui vit au centre de Rio, pas loin de la favela Dona Marta. Il fait partie des brésiliens qui recyclent quotidiennement 25 millions de canettes d’aluminium. Les causes : la viabilité économique de l’activité mais surtout la pauvreté. 150 000 travailleurs, selon l’Association Brésilienne de l’Aluminium (ABAL), adoptent le recyclage comme moyen de subsistance. Par année, la collecte des canettes génère 850 millions de réaux (monnaie brésilienne) et fournit de l’emploi à plus de 2000 entreprises. Après lui avoir passé ma canette, il se remet aussitôt à la tâche et me propose même de le suivre et d’échanger un petit peu avec lui. J’apprends qu’il est marié et a deux enfants.  » Je fais ça tous les jours, c’est dur car il fait chaud, mais quand il faut chaud il y a plus de monde sur les plages, et là c’est l’été pour nous donc, quand il y a plus de monde, il y a forcément plus de canettes. » Et il n’a pas tort !

Le chiffre d’affaires des petits kiosques installés sur la plage est plutôt satisfaisant. Les vendeurs ambulants de boissons sur la plage, eux aussi, liquident tout leur stock. C’est la pleine saison ici : « Aguaaaaa, Coca Cola, cervezaaaaaa… » Il y en a pour tout le monde. Soft drinks, bière brésilienne, eau minérale….Tout se vend…Et toutes les deux secondes, Nilson a les yeux rivés sur toutes les canettes vides de la plage laissées par terre. Il se permet même parfois de demander aux buveurs s’ils ont fini de boire pour prendre leur canette.

J’apprends, en même temps, que sa femme, elle aussi, recycle quotidiennement les canettes. Lui et sa femme font partie des classes les plus pauvres au Brésil ! Elle est femme de ménage chez une famille assez aisée à Rio. Dans la maison de ses employeurs, c’est elle qui fait le tri sélectif. Consciente de la valeur de chaque déchet sur le marché du recyclage, elle trie tous les emballages plastiques, les papiers et cartons, les canettes d’aluminium, elle récupère tout ! Nilson, lui, sillonne plutôt les plages et les rues de la ville avant le ramassage officiel des ordures par les éboueurs.

Quand je lui demande pourquoi il ne met pas de gants, « c’est trop cher les gants, puis sans les gants, ça va plus vite … », me répond-t-il.  Il va de soi qu’il est à la merci de toutes les infections possibles et imaginables. Mais ce n’est pas important pour lui. C’est une question de survie économique ! J’ai questionné Nilson sur  les recycleurs de canettes : ils sont plusieurs à faire comme lui, des jeunes, des adultes, des familles. Ils peuvent ainsi gagner en moyenne 500 R$ (soit environ 195€) en revendant leurs canettes en aluminium, après les avoir écrasées. « Cela nous prend beaucoup de temps, c’est fatigant de transporter ce gros sac de canettes avec nous, mais ça ne nous coûte rien… et grâce à ça, on peut manger et survivre. Les endroits stratégiques, ce sont bien sûr les plages, la grande avenue qui longe la plage de Copacabana et Ipanema, où il y a plein de restaurants et bars, et surtout plein de poubelles toujours remplies. Le plus drôle, c’est en rentrant à la maison, quand on écrase toutes les canettes avec les enfants. Pour eux c’est un jeu ! »

Le Brésil est le champion international devant des pays tels que le Japon, n°1 du recyclage jusqu’en 2001, ou des pays où le recyclage est pourtant obligatoire, tels la Suisse, le Danemark, la Finlande et la Norvège. Le recyclage joue un rôle stratégique au Brésil, en raison de ses fonctions sociale, économique et environnementale. Du fait de la pauvreté, l’activité de recyclage devient une activité économiquement viable. 170.000 personnes adopteraient le recyclage comme moyen de subsistance.

Ce phénomène touche également la classe moyenne qui a fait de la collecte sélective une solution de rechange pour gagner un peu d’argent. C’est le cas de Nilson qui, 2 heures après, est toujours sur la plage mais en sens retour. Il y reste jusqu’au coucher du soleil, soit jusqu’à que les touristes et brésiliens quittent la plage. Les plages se vident petit à petit. C’est là que les ramasseurs de canettes sont en pleine action. C’est une plage toute dégueulasse, remplie de déchets que les ramasseurs de canettes nettoient à leur manière, en recyclant tout ce dont ils ont besoin : principalement les canettes en aluminium. Un kilo de canettes d’aluminium vaut 33 fois plus qu’un kilo de contenants métalliques, 39 fois plus qu’un kilo de verre teinté et six fois plus qu’un kilo de contenants en PET. Nilson et sa femme font partie de ces brésiliens pauvres qui hissent le Brésil au premier rang du ramassage et du recyclage de l’aluminium.

Ipanema beach, au sud ouest de Rio. Il est 21heures. L’heure pour Nilson de rentrer à la maison écraser tout ce qu’il a récolté, il ne reprendra le service que demain. Ce soir il est fatigué.


Mohamed Mezerai

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