Vous avez peut-être entendu parler de Sean, ce Britannique en surpoids qui a osé faire quelque pas disco en soirée. Non ? Pourtant son histoire a fait le tour du monde. Je vous la raconte façon Père Castor au coin du feu.
Il était une fois un gros qui voulait danser. Dans un monde qui tournerait rond, l’histoire serait finie. Elle n’est pas très bonne parce qu’il n’y a pas d’enjeu. Rien à priori n’empêche un Britannique de danser, peu importe son importance pondérale. S’il était tombé sur la piste, on tenait notre histoire, un gros qui chute c’est toujours rigolo. On rit toujours parce que ça fait du bruit et que souvent un gros qui tombe, essaye de se rattraper aux branches ou à la nappe de la table, en se débattant désespérément contre la puissance de Newton et sa gravité. Ben quoi ! Un gros c’est fait pour tomber, sinon pourquoi la nature aurait doté ces gens d’un amortisseur-fessier aussi imposant qu’efficace contre la rugosité du parquet.
Dans ce club de Londres, tout ne s’est pas passé comme prévu. Sean connait apparemment bien son affaire, il maitrise parfaitement, malgré son cul d’hippopotame, l’art du déhanché. Il s’éclate l’animal ! Comment ça ? Un gros bien dans sa peau ? Hérésie ont dû penser certains témoins des virevoltes de Sean qui ont mis un bras et un rein dans de la sape hors de prix pour pouvoir briller en société. En club on vient pour flamber devant les filles c’est le dogme. Visiblement notre héros tout en graisse porte autant d’intérêt pour le regard d’autrui qu’il en a pour son polo dévalé. La chose dérange.
Au lieu de picoler comme tout bon Anglais qui se respecte le vendredi soir, des gens, bon teint, bon poids, se moquent de Sean en train de danser. Comme au cirque ils le photographient, assez bruyamment et assez longtemps pour que les remarques acerbes de ces personnes percent l’impressionnante couche de graisse qui enserre ce cœur d’ourson. La suite, apparemment, c’est qu’il va dans un coin, baisse la tête, contrit et humilié, et abandonne ses ambitions démesurées de vouloir s’amuser.
L’affaire aurait pu en rester là. Mais ceux qui se sont moqués de Sean ont posté deux photos sur les réseaux sociaux, l’une ou Sean s’amuse, l’autre où il fait le petit chiot de 130 kilos meurtris par ses pères. Les clichés sont commentés : « La semaine passée ; nous avons repéré ce phénomène qui essayait de danser. Il a arrêté quand il nous a vus rigoler ».
La justice du web
Quand la chose arrive aux oreilles de l’opinion mondiale, c’est l’indignation. Sean fait de la peine à beaucoup de monde, surtout à une bande de Californiennes qui le pistent et le retrouvent pour l’inviter à une soirée où ils pourront tous s’amuser. Chacune de ses bonnes âmes crache même un petit dollar dans le pot pour payer un billet à Sean. Montant de la cagnotte : 25.000 dollars. Des Stars comme Pharrel Williams et Moby annoncent qu’ils vont participer à la fiesta. Sean est vengé de ses détracteurs, il va danser avec les stars entourées de Californiennes chaudasses alors que les langues de catin qui l’ont moqué  vont rester dans la grisaille de Londres à tchatcher des Anglaises avinées, la plus terrible des punitions.
J’aimerais vous dire en guise de fin que Sean a passé la meilleure soirée de sa vie sur une plage de Californie, que bien conseillé par un cabinet de relations publiques, il a su géré sa nouvelle notoriété, que toute cette histoire, au final, l’a rendu heureux pour la vie. J’aimerais vous dire ça. Mais la vie n’est pas un conte de fées dirait Red, le prisonnier roi de la débrouille dans Les Évadés.
Aujourd’hui la graisse tue plus que le tabac. Sean avec son surpoids, et bien que je n’ai pas son bilan médical sous les yeux, a toutes les chances de mourir plus jeune que les Californiennes bouffeuses de laitues qui ont eu pitié de lui. Les gens qui se sont moqués auraient pu être pour ce Britannique le citron envoyé par Dieu dont il aurait pu faire sa limonade. Une cinglante humiliation, bien plus utile s’il s’était dit, que peut-être, oui, rien que pour ma santé, ça vaut le coup de perdre quelques « loks ».
Je pense au Joueur du Grenier, youtubeur célèbre et extrêmement drôle qui teste des jeux vidéo pourris avec panache. Il s’était, au fil des ans, créé un personnage reconnaissable par son accent du sud, sa chemise hawaiienne XXL et la bonhommie émanant de son surpoids. JDG a perdu 30 kilos presque d’un coup, ce qui a nui à sa notoriété, plusieurs fans de ses vidéos lui ont dit qu’il était moins drôle depuis qu’il avait maigri. Réponse de l’intéressé : « J’étais en obésité morbide. Je ne vais pas mourir à 45 ans pour vous faire rire. »
L’amour, ça pique
Quelqu’un qui t’aime vraiment ben des fois il tape là où ça pique. Moi par exemple. J’ai atteint un poids où il très difficile de redescendre, je suis en orbite pondérale, les balances électroniques ont désormais assez d’intelligence artificielle pour se suicider à mon approche : 110 kilos, pensez donc, concentrés au niveau du bidon et dans un fessier de la taille de l’URSS qui aurait envahi la Chine et l’Australie. Tout ce que je bouffe ne pouvant pas se transformer en graisse, je perce mes caleçons à force de lâcher des caisses TNT ! Sous la pression de mon incommensurable fessier, j’ai fait plus de trous dans mes pantalons que Total dans le Sahara. Avant on se mettait à coté de moi  dans le métro parce que j’étais beau. Aujourd’hui on préfère rester debout parce que mon « tarpé » déborde trop sur les autres places, on dirait que je suis trois !
Bon ben les gens qui s’en foutent de moi, ils me disent, « oh, c’est des kilos qui te vont bien », « tu es grand ça compense ». Ma mère qui m’aime, elle, m’insulte tous les jours, elle me tapote le ventre en public en me traitant de Bouzelouffe (un plat gras). Ma femme, qui veut que ses enfants connaissent leur père, met 5 fruits et légumes par jour sur la table. Même le Turc du Kebab qui me connait depuis que je suis petit me dit : « Ah non pas encore ! Pour toi ce soir ça sera salade tomate oignon. Tout court. Tu as payé les études de mes gosses, respecte ton corps je veux pas venir à ton enterrement ! ».
Et mes amis, les vrais Bondynois, qui maitrisent l’art de l’humiliation publique à un niveau de haute technologie, quand ils me croisent aux abords du stade, j’ai droit à mon « Cours gros porc ! » ou « Cavale la noiraude ! ». J’ai mal, mais c’est de l’amitié en boîte. Je suis peut-être jaloux de Sean en route pour la Californie alors qu’on me demande de faire « bouffi bouffon » en agitant mon bidon chaque fois que je vais en soirée. Mais si un jour je rentre de nouveau dans mon costume de mariage-entretien-d’embauche sans péter les coutures, je pourrais dire merci à tous ces moqueurs.
Certes, quelques kilos en trop n’ont jamais fait de mal à personne, surtout à vous les femmes, mais il faut en toute chose être mesuré. Je suis sûr qu’un bon diététicien sera plus utile à Sean qu’une flopée de stars l’incitant à rester comme il est, tandis qu’eux mangent tofu et bistouri.
La vérité absolue est chose rare. Vous ne la trouverez pas dans ma bouche. Les humains ne sont pas égaux devant un bilan de santé. Sean est Britannique tout comme Winston Chruchill. Interrogé sur le secret de sa bonne santé durant la guerre, il répondit : « Boire du bon whisky, fumer de gros cigares, manger comme un ogre, et surtout ne pas faire de sport du tout ! » Malgré six années stressantes de conflit où son pays jouait sa vie en même temps que les artères coronaires de son Premier ministre, Churchill est mort à 91 ans.
Idir Hocini

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