Cham, Firas et Khaled, trois Syriens réfugiés en France, sont impuissants face au conflit qui touche leur pays. La guerre a déjà fait 100 000 morts selon les Nations Unies. Inquiets pour leurs familles, ils n’attendent qu’une chose : la chute de Bachar el-Assad. Rencontre.

Mercredi, 20 heures dans Le Bistrot Syrien du 14 boulevard de Bonne-Nouvelle, une quinzaine de personnes sont attablées. Des « test micro » gutturaux et un effet Larsen proviennent de l’intérieur du restaurant, accompagnés de rires et d’exclamations joyeuses. Un bébé passe de bras en bras pour être pris en photo, jeu auquel il se prête volontiers, les yeux rivés sur l’objectif.

Firas, un serveur syrien, artiste peintre de formation, accueille les clients à bras ouverts pour cette soirée culturelle. En effet, dans quelques minutes, un groupe de rap va se produire au sein de l’établissement. La majorité des clients sont des Syriens. Bien que l’ambiance est festive, on sent quand même, mêlée aux odeurs des plats orientaux, un fort parfum de révolte. La plupart des personnes sur place parlent de politique et évoquent avec un air rêveur, la chute du régime de Bachar el-Assad.

Autour d’une table sont réunis Khaled, Firas et Cham. Le premier est arrivé en France au début du conflit, en mars 2011, en tant que réfugié politique. Il vient de Hama, au centre du territoire syrien. Firas, originaire de Damas, et Cham sont quant à eux venus en France pour leurs études. Aucun d’entre-eux n’a pu retourner au pays depuis le début du conflit, mais chacun se revendique comme étant « activiste politique » à sa manière et à distance : réseau d’information, manifestations…

Les trois protagonistes évoquent la peur qu’ils éprouvent en pensant aux membres de leurs familles restés dans ce pays en proie au chaos. Appréhension accrue par le fait que « le régime d’el-Assad coupe souvent les lignes de télécommunication. Donc il nous arrive de ne pas avoir de nouvelles de notre entourage pendant un certain temps » explique Cham.

Leurs points de vue divergent sur la position de François Hollande vis-à-vis de la Syrie. Pour Cham, cette annonce fut un soulagement. « Ça faisait deux ans qu’on attendait le soutien de la communauté internationale ! Même si on n’a pas forcément envie que notre pays soit frappé, il le faut ».Cham nous fait part d’une certaine frustration au sujet des Français qui militent contre la guerre en Syrie. « Personne n’est pour la guerre. Sur ça, je comprends les Français. Mais j’aimerais savoir pourquoi ceux qui militent contre l’intervention française en Syrie pour des motifs pacifistes ne manifestent pas contre le régime de Bachar el-Assad qui mène une guerre contre son propre peuple ». Khaled, lui, ne croit pas les paroles du Président français. « La preuve : il n’y a que des paroles mais aucun mouvement » conclut-il avec un léger sourire.

Lorsque l’on évoque l’avenir de la Syrie, Firas Cham et Khaled ont du mal à l’imaginer avant « le départ d’el-Assad » : « Depuis le début de la guerre, 30% de nos infrastructures nationales ont été détruites, 4 millions de Syriens ont fui le pays et 550 000 personnes sont mortes au cours des affrontements, dit Cham d’un air abattu, mais je crois en mon pays et je pense que chacun aura un rôle à jouer lors de sa reconstruction » assène-t-elle avec une pointe d’espoir dans la voix. Selon Khaled, il faudra laisser le temps à son pays de se reconstruire « pour un avenir rayonnant qui nous mènera vers la démocratie. Je le vois dans les yeux de mes concitoyens ».

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Tom Lanneau et Kevin Té

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