« J’écris avec toi bien-aimée mon sang mon cœur ma voix.  Avec ma patrie Tunisie mon offrande.  Je ne suis qu’à toi je peux me déchirer pour toi. Tunisie ma chérie ma Tunisie chaude amante ».Comment ces vers de Moncef Ghachem ne pourraient-ils pas résonner au regard des évènements qui secouent le Maghreb ? La révolution de jasmin, le poète auteur de Car vivre est un pays lui dit merci. Merci aux jeunes, et un souhait : « Que la Tunisie ne manque pas ce moment à la fois glorieux, furieux et mystérieux ».

A 10 ans, Moncef Ghachem vit la « Tunisie heureuse », celle de l’Indépendance. Mais l’euphorie prend fin lors de la prise de pouvoir de Ben Ali. De tout son cœur il aime à rappeler qu’il est un homme « engagé » et combien les « créateurs » dont il fait partie « aiment ce moment ». « On est heureux de ce qu’il s’est passé. Certes il y a des martyrs, mais René Char a dit « La pyramide des martyrs obsède la Terre » ».

Quand on lui demande un mot sur l’Egypte, Moncef Ghachem fait un petit rappel historique. « Malgré les différences géographiques et culturelles, l’Egypte et la Tunisie ont en fait beaucoup en commun. Mahdia, la ville où je suis né, c’est Le Caire construit en Tunisie, l’ancienne capitale chiite ».  Le lien est fait avec l’Egypte avant d’ajouter un remerciement particulier aux femmes tunisiennes, « au front, et réellement émancipées en dépit de la manipulation politique démagogique tunisienne de la question de la condition féminine ».

Mais au Maghreb des livres, on veut vite savoir si cette révolution peut influer sur la littérature maghrébine. D’après la jeune maison d’édition Elyzad, il est « encore trop tôt ». « Nous avons demandé aux auteurs d’écrire dessus, mais il leur faut du temps. Nous avons des propositions pour des essais, des chercheurs, des universitaires qui peuvent écrire tout de suite. Mais pour les romans, c’est plus long, ils n’ont pas envie d’écrire dans le feu de l’action », mais aucun doute, « l’intention est là » dit-il.

Dans les allées du salon, passage obligé sur le stand de Slim, caricaturiste algérien. Comme dans ses dessins, le ton est impertinent : « On ne peut pas raconter des histoires à dormir debout pendant qu’il y a une révolution. Donc oui, il y a matière en ce moment, j’ai commencé à travailler. » Et l’avenir en Algérie ? « Bah en Algérie ils nous ont fait une autoroute gratuite. Ça va peut-être nous amener des émeutiers… ».

Joanna Yakin

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