Le zapping accouche des mêmes images : la mine hilare des représentants de l’UMP, le visage décomposé des responsables du PS, l’étincelle dans les yeux des écologistes. La mécanique des soirées électorales à la télévision est une machine de guerre, tout est réglé malgré une improvisation générale. Les résultats tombent au fur et à mesure, les invités sont interchangeables, on les maquille une fois pour toute la soirée, priorité au direct, on file vers les QG pour tendre l’oreille devant les ténors, ceux qui d’une manière ou d’une autre, trouvent quelque chose à dire de positif sur les résultats. Sauf que ce 7 juin à 21h15, il y a comme un goût de 21 avril 2002.

L’écologie politique a rejoué son mai 68 en siphonnant les voix du PS et celles du Modem. Cohn-Bendit et Bové ont joué un sale tour à Martine Aubry et surtout à François Bayrou. Ces deux derniers sont sonnés, éparpillés, incapables de situer la ville de Bruxelles sur une carte. Ce duo voyait cette élection comme un amuse gueule avant le plat de résistance de 2012. La première a fait le minimum syndical, accaparée qu’elle est depuis le congrès de Reims, à désamorcer quotidiennement les mines anti-personnel de la rue de Solferino. Le second est persuadé d’être à la tête d’un mouvement, il emploie un « nous » en permanence pour mieux cacher un « je » exacerbé et des rêves de grandeur contrariés. C’est un Chevènement de droite !

Et l’Europe dans tout ça ? Aucune information crédible sur ce qui s’est passé ailleurs, sur les grands chantiers à venir, les dossiers prioritaires, les solutions proposées face à la crise au niveau européen. Toute la soirée, les uns et les autres, ont présenté leur analyse des chiffres avec l’oeil rivé sur le camembert coloré de TNS Sofrès. Chacun envoyait ses messages implicites pour envisager les futures alliances. Cela s’appelle de la politique politicienne, ce mal français qui alimente l’abstention et rebute les jeunes générations de l’engagement citoyen. Cette soirée est la preuve d’un endormissement démocratique et notre classe politique en est largement responsable.

L’autre flagrant délit de la soirée, c’est le caractère monochrome et masculin de la classe politique française. 80% des représentants des partis ayant fait le carrousel des studios tout au long de la soirée d’hier étaient déjà sur la place lors de la première élection de Jacques Chirac en 1995 ! Les plus jeunes d’entre eux seront encore présents lors de la présidentielle de 2027. L’héritage et le clonage sont la colonne vertébrale du système de renouvellement de l’encadremet des partis politiques français.

Les élections passent et les frustrations restent. Hier soir, les verbes rénover, bâtir, unir, moderniser et rassembler étaient, paradoxalement, dans la bouche des vainqueurs et des vaincus. Une façon de camoufler un échec collectif cuisant au regard d’un taux d’abstention qui frôle les 58%.

Nordine Nabili

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