Au carrefour de la Porte des Lilas, à Paris, face au Mac Do, il y a depuis le 12 octobre de l’année dernière, un piquet de grève tenu par des travailleurs sans papiers que sont : Mohamed, Moussa, Mamadou… Ils sont d’origine malienne de l’ethnie « soninké » et sont à l’image de nombreux autres hommes que l’on nomme étrangers ou immigrés. Ils ont quitté un village, une ville, un pays, famille et amis ; pour une vie à la dure, comme celle que mes parents sont venus trouver. Pour des boulots, difficiles et pénibles, usants.

Ces hommes se sont mis en grève, pour obtenir la régularisation de leur situation. Ils occupent un bout de chantier du tramway et y ont installé un campement, entouré de barrières où sont attachées des banderoles explicatives ou revendicatives. Ils sont soutenus matériellement par des syndicats, des maires et des habitants du quartier.

J’ai découvert l’endroit en pleine nuit, à 4 heures du matin alors qu’avec Maryse, on distribuait des couvertures et autres sacs de couchage pour qu’ils se protègent du froid de la rue. Après avoir pris lecture des banderoles, nous sommes entrés dans ce petit village pour leur donner ce que nous avions avec nous. Etonné de nous voir, ils nous ont proposé de nous réchauffer autour d’un thé, nous ont fait part de leur situation, et ont refusé notre générosité déjà précédée par celle des habitants du coin.

C’est assez extraordinaire de passer des moments sous la grande tente. Partager des bouts de vie en toute simplicité. Partager un thé, ou un repas tous installés autour d’un grand plat avec nos fourchettes à cinq doigts.

Ils luttent pour améliorer leurs conditions, et contre la fatalité. Il y a parmi ces ouvriers un fort taux d’analphabétisme. Un certains nombres ont décidé d’apprendre à lire et à écrire le français avec l’aide de bénévoles. Je crois qu’ils n’ont jamais passé autant de temps avec des non-Maliens que depuis leur installation à ce carrefour de la Porte des Lilas, carrefour des cultures. Je vous invite à passer voir ces courageux. Ils ne vous mangeront pas, je vous assure, dites-leur que vous venez de ma part, et que je les aime.

Daniel Figueiredo

Daniel Figueiredo

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