Si depuis le 15 juillet dernier, à Paris – sa banlieue attendra – on peut louer, pour quelques heures, l’un des 20 000 vélos stationnés dans des parcs aménagés par le système Vélib’, à Munich, en Allemagne, les vélos personnels prennent place à tous les coins de rue : devant les bouches de métro, arrêts de tramway et de bus, entrées de supermarché, marchés et jardins, dans les parkings de voitures et de taxis. Partout, il y a des deux roues ; parfois entassés en masse sinon accrochés seuls à une barrière piétonnière. L’usage du vélo, dans la capitale bavarois comme ailleurs en Allemagne, est un fait pour ainsi dire naturel.

Géraldine circule en petite reine depuis 1998, date de son arrivée à Munich. « Je prends le vélo toute l’année, même par temps de pluie. J’ai été élevée à la campagne ! », précise-t-elle. Elle s’en passe quand il neige bien sûr. Géraldine se sert de son deux roues en ville pour se rendre au travail, faire les courses, et se balader avec son fils. Alors que d’autres font de la gymnastique ou du fitness, la Munichoise pédale. « C’est un sport dans lequel je me sens bien », confie-t-elle. Un moyen de garder la forme à 55 ans.

Yujo a 22 ans et possède un vélo depuis qu’il est enfant. Nous le rencontrons à la descente du tramway. Sans le connaître, nous lui posons la question tout de go : « Où est votre vélo ? – Je l’ai laissé à l’entrée de la maison aujourd’hui mais je l’utilise presque tous les jours », répond-il, un peu embarrassé. Normalement il rejoint la fac en bicyclette. Gagné, donc. Ce jeune homme qui compte parmi les 1,3 million habitants de Munich, possède aussi un vélo. L’une des raisons de cet engouement, selon lui : « Les transports en commun sont assez chers. »

Géraldine est du même avis, même si le prix des billets de transports est abordable, dit-elle : 15 euros pour un abonnement hebdomadaire sur les zones urbaines. L’usage de la voiture est devenu une corvée, le stationnement est payant dans tous les parkings de la ville. Et d’après cette Munichoise quinquagénaire : « Il est plus pratique de déposer son vélo devant l’entrée d’un magasin que de passer un long moment à chercher une place de parking. » Puisqu’elle ne dispose pas de l’espace d’un coffre de voiture derrière sa selle, elle fait les courses plusieurs fois dans la semaine. « Mais c’est mieux comme ça ! » A Munich, les lieux de stationnement réservés aux deux roues se sont développés de façon spontanée : un vélo prend place à proximité d’un premier, un troisième vient s’ajouter au duo, et ainsi de suite.

Bien que nous croisions certaines bécanes non cadenassées en plein centre-ville, les Munichois ne sont pas épargnés par les vols. « Quand on possède un vélo neuf, mieux vaut aussi posséder un bon cadenas », indique Géraldine qui s’est fait chiper cinq vélos. Celui qu’elle nous montre en le détachant d’un poteau devant un supermarché, est plus simple et moins cher que les derniers acquis. Les produits sophistiqués attirent plus facilement le regard des prédateurs. Un vélo neuf coûte environ 400 euros en Allemagne. En revanche, les achats d’occasion et échanges par Internet peuvent engendrer de bonnes affaires et font concurrence aux magasins. On peut trouver, par exemple, un deux roues à 80 euros.

En Allemagne, l’assurance d’un vélo est souvent comprise dans la couverture « habitation ». Lors de sa dernière perte, Géraldine a été remboursée au prix initial de son bien. « C’était il y a 5 ans, raconte-t-elle. Un jour après l’heure du déjeuner, je ne retrouve plus mon vélo qui était stationné devant mon lieu de travail. En allant faire ma déclaration de vol, je craignais que mon assureur doute de ma version. » Il existe aussi des assurances spécifiques, comme pour les véhicules à moteur.

A Paris, la location des vélib’ a dépassé les 10 millions d’usagers, mais, dans un sondage réalisé par l’assureur MMA, 54 % des personnes interrogées déclarent ne pas se sentir en sécurité sur cette bécane-là. Devant le succès de l’opération cependant, le syndicat intercommunal réfléchit à son extension en banlieue. A Bondy comme ailleurs autour de la capitale, le vélib’ est une idée en gestation souhaitée par les maires. Ce qui est sûr et dépasse tous les clivages, c’est que la pratique du vélo est bonne pour la santé. D’une. De deux, bonne pour la planète.

Nadia Boudaoud

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