Au printemps, dans le cadre d’une invitation de l’Institut Français, Ulrich, Oumar et Pénélope se sont rendus dans trois villes marocaines. L’objectif de ce séjour était de partager leurs expériences du Blog et de faire prendre conscience à de jeunes élèves que leur parole est importante. Récit de voyage et de rencontres. 

Embarquement immédiat, direction Oujda dans le nord du Maroc, à une dizaine de kilomètres de la frontière algérienne. L’excitation monte malgré le retard d’Ulrich qui, on le découvrira rapidement, a cette fâcheuse habitude. Les passagers de l’avion sont quasiment tous d’origine marocaine et la moyenne d’âge avoisine les 70 ans. Oujda ne semble pas être la destination privilégiée des touristes et ses habitants ne doivent pas y être habitués non plus. À l’image de cette vieille dame qui, le temps du vol, discute avec nous… en arabe. Nos ridicules tentatives arabofranglaise lui expliquant que nous ne parlons pas sa langue ne l’ont pas découragées pour autant.

IMG_8909Arrivés à bon port, nous découvrons Oujda et ses alentours de nuit. Le paysage est aride et désertique. Au lendemain de notre arrivée, nous rencontrons des élèves de seconde du lycée français Omar. L’architecture de l’école témoigne du passé colonial. Ouvert en 1916, c’est le premier lycée français du Maroc. À notre arrivée, le soleil éblouissant inonde la végétation luxuriante. Dans la classe, une quarantaine d’élèves nous font face, ébahis. Nos débuts d’orateurs sont laborieux mais nous parvenons tant bien que mal à capter l’attention des jeunes oujdis. Ulrich, communicant de profession, est à l’aise dans la discussion et guide la rencontre. Pour animer la séance nous proposons aux élèves de faire une conférence de rédaction comme nous avons l’habitude de le faire en tant que blogueurs. IMG_8770Les jeunes étudiants se prennent au jeu et les idées de sujets fusent dans la classe sombre. Le tour de classe révèle des intérêts divers et variés. Les sujets évoqués, comme le foot et ses supporters Les Ultras (hooligans marocains) ou encore les différences entre les écoles publiques et privées au Maroc, provoquent quelques débats dans la classe. Nous leurs donnons quelques conseils journalistiques pour adopter un angle, traiter d’un sujet, toujours sous l’œil attentif des élèves et dans le silence le plus complet. Debout sur les tables, nous concluons cette rencontre à coups de selfies.

Ulrich, Oumar et moi profitons de notre temps libre pour découvrir Oujda et ses traditions culinaires. La fameuse harira* marocaine nous laissera un souvenir gustatif indélébile. La ville, très étendue, accueille près d’un million d’habitants. Nous quittons Oujda et ses terres arides pour nous rendre sur le littoral marocain, direction Casablanca.

IMG_8728Poumon économique du Maroc, Casablanca est cosmopolite. Sous un soleil éclatant, nous découvrons cette mégalopole « schizophrène ».  Les taxis flirtent avec les charrettes tirées par des ânes et les buildings modernes côtoient les bâtiments défraichit. Les grandes avenues parsemées de palmiers nous donnent une impression de côté d’Azur. La ville est aussi célèbre pour sa grande Mosquée. Financée par les impôts des casablancais et construite dans les années 90, elle fait la fierté de nombreux habitants. L’Institut Français de Casablanca, le plus grand au monde, est à l’image de sa ville : moderne. Nous rencontrons nos interlocuteurs qui, cette fois, sont des acteurs du milieu associatif. La rencontre est chaleureuse et naturelle. Très actives à Casablanca, les associations s’occupent pour la plupart de jeunes de quartiers délaissés par les pouvoirs publics et tentent de créer d’importants événements culturels. L’objectif de cette rencontre est de leur donner des conseils pour qu’ils créent leur propre blog à Casablanca. Nous décidons donc de faire un atelier journalistique type, celui du portait. Chacun écrit le portrait de son camarade de jeu. Deux heures plus tard, le résultat est bluffant. Chacun nous lit solennellement sont récit. Émouvant et juste, leur portrait nous permet d’en apprendre sur eux et sur la vie à Casablanca. Ce vendredi, jour du couscous, l’Institut Français nous invite autour de la table. L’occasion de faire plus ample connaissance et de gouter au Leben marocain, lait fermenté. Amar*, un des participants de l’atelier, nous invite à son tour à aller diner le soir même avec lui et sa femme.

IMG_8686Dans ce quartier populaire « un peu chaud » selon la femme d’Amar, la viande s’achète au détail. Les boucheries, ouvertes sur la rue, s’alignent les unes à côtés des autres. Après avoir acheté sa viande crue, les restaurants s’occupent de nous la faire griller. Amar, marocain noir, explique qu’avoir cette couleur de peau au Maroc n’est pas tous les jours facile. Comme ce soir, lorsque le boucher l’a interpellé en le surnommant «  Louin », « négro », en français. Ce surnom familier peut être interprété comme « nègre » quand la personne qui l’emploie ne connaît pas son interlocuteur. Pour autant, cette fâcheuse péripétie ne nous empêche pas de savourer le menu du soir : boulettes de viande de chameau. La dernière prière de la journée retentit sur la petite place commerçante. Le temps s’arrête. La plupart des hommes, badauds, marchands prient à même la rue sur leur tapis et reprennent tranquillement le court de leurs activités.

Nous quittons Casablanca et ses contradictions. Direction Fès. Le train qui nous y amène déroule les magnifiques paysages marocains. Fès, ville impériale, est surtout célèbre pour sa médina et son Souk. Chaque jours les nombreux touristes envahissent la ville et cohabitent avec les habitants. La chaleur écrasante de Fès, 40 degrés en moyenne, nous éreinte rapidement. Le souk, ses étals de poulets, de fruits et légumes ou encore d’écharpes font vivre la ville. Dans cette ville agitée, les harangues des marchands bercent nos journées et nos soirées…

Du Maroc à Paris, 2 500 km nous séparent. Pour autant, notre histoire commune nous lie inlassablement. En découvrant ce pays, nous y avons découvert la bienveillance des Marocains et ses traditions même si cette culture est proche, familière et inhérente à la France.

Pénélope Champault

*Soupe marocaine

*Le prénom a été modifié

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