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Survêtement du FC Barcelone et petite bouille d’adolescent, Ibraghim m’attend à la station « Arago » du tramway. C’est celle qui dessert le quartier Croix du Sud dont est originaire le gamin de 13 ans. En traversant la cité, le jeune homme me prévient, l’air inquiet : il ne veut pas trop parler de lutte, le sport qu’il pratique, dont il est pourtant… champion de France depuis le mois de février dernier. La raison est simple, à l’entendre : son grand frère lui répète toujours de ne pas trop se mettre en avant.

Pourtant, en entrant chez lui, on ne peut pas rater  la demi-douzaine de coupes et médailles trônant fièrement sur l’étagère du salon. Les murs sont tapissés d’un papier peint gris-blanc. Les sols d’un épais tapis noirs et gris. L’ensemble est impeccable. Un contraste saisissant avec l’ascenseur – laissé quelques secondes plus tôt – d’un mètre carré, au miroir brisé et au sol recouvert d’une flaque d’eau. « C’est encore les voisins du troisième étage… », lâche Ibraghim.

Des souvenirs de militaires et de fuite

Ibraghim est arrivé en France en 2012, à Paris plus exactement, après avoir fui Bamout, un village de l’ouest de la Tchétchénie, avec sa mère. Ibraghim n’a qu’un souvenir de cette époque : celui d’avoir tenu tête à un soldat entré chez eux sans motif. Sa mère confirme. Il avait alors 7 ans.

Cette détermination et ce courage, Ibraghim ne les a pas perdus une fois arrivé en France. Il traduit en français les mots de sa mère, qui elle, se souvient de tout. Voile sur la tête et visage marqué par la vie, elle affirme que les militaires entraient régulièrement chez eux sans raison ! Pour rejoindre la France, le duo a voyagé en voiture.  Après s’être acquitté d’une escale en Russie puis en Autriche, ils finissent par rejoindre Paris. Sur place, ils ont rendez-vous avec la sœur ainée d’Ibraghim, elle-même installée en région parisienne depuis plusieurs années.

Ibraghim se souvient que le point de rendez-vous, c’était au pied de la tour Eiffel. « Un endroit que tous le monde connaît, on était sûr de se retrouver !, ajoute la maman. Je me souviens d’avoir demandé du crédit pour téléphoner à ma fille à un vendeur ambulant de Tour Eiffel ». Des sourires complices transparaissent entre le fils et sa mère. Lorsque cette dernière s’éclipse du salon, Ibraghim tient à montrer ses médailles et équipements de lutteur.

Ils écorchent toujours mon prénom en Allemagne

Un tournoi en Belgique, un tournoi aux Pays-Bas, un tournoi en Allemagne… Ibraghim collectionne les victoires. La dernière en date remonte à peine au 9 juin dernier.  C’était en Allemagne.  Il est arrivé premier sur le podium. « Ils écorchent toujours mon prénom en Allemagne en m’appelant Ibraginov au lieu d’Ibraghim ».  Pour ce gamin, très souvent en déplacement en province ou à l’étranger, les semaines sont militaires.

Du lundi au vendredi, c’est entraînement de 18 heures à 20 heures après le collège. Le mercredi, c’est repos. Et le week-end : compétition. Les séances d’entrainement alternent entre exercices de lutte et travail de cardio ou de musculation.  Si Ibraghim s’est mis à la lutte, c’est surtout grâce à son grand frère qui pratiquait déjà le sport en Tchétchénie. « Quand je suis arrivé à Reims, mon frère ne voulait pas que je traîne et il m’a tout de suite inscrit au C.L Reims », le club des lutteurs de Reims.

Un choix loin d’être dû au hasard. La lutte est un des sports nationaux en Tchéchénie. Ibraghim aime s’entraîner avec son grand frère qui le prépare avant chaque compétition. Le parc pour enfants, en plein milieu de la cité, fait office de lieu d’entraînement. Mais Ibraghim n’est pas en reste. Lorsque il a gagné le championnat de France, il dit s’être beaucoup entraîné en amont tant physiquement que mentalement. Ici, dans son appartement, auprès de sa mère, on est très fier de la victoire du petit dernier au championnat de France.

La maman réapparaît dans le salon pour invite à boire le « chaï », comprendre ici le thé. Ibraghim quitte en même temps la pièce avant de revenir quelques instants plus tard, changé. Vêtu d’une chemise blanche à col Mao sous un costume bleu clair et des chaussures de ville, Ibraghim doit filer au collège. Il doit passer à l’oral devant tous les élèves de quatrième. Même pas stressé, le gamin. En marchant vers son établissement, il montre la BMW de son grand frère. Se permet même une petite critique façon expert : « Niveau moteur, BM c’est du solide ! » On en oublierait presque son âge.

Mohamed ERRAMI

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