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Jeudi 15 octobre, des policiers en civil ont interpellé un élève à l’intérieur même du lycée Paul Éluard, à Saint-Denis, provoquant l’opposition de plusieurs membres du personnel. Sur plusieurs vidéos, on distingue plusieurs policiers, dont au moins un porte un brassard « police », procéder à l’interpellation d’un adolescent, tandis que des personnels scandent : « Libérez notre élève. »

Dans un communiqué diffusé jeudi, des personnels mobilisés accusent le proviseur d’avoir convoqué l’élève dans son bureau avant de faire entrer les policiers pour l’interpeller. Ils dénoncent une intervention violente, affirmant que des membres du personnel auraient reçu des coups en tentant de s’opposer à l’arrestation.

Gazages, interpellations et coups de matraque dénoncés

Cette nouvelle intervention survient au lendemain d’une journée déjà marquée par des accusations de violences policières. Mercredi 14 octobre, vingt-quatre heures après la venue très médiatisée de Greta Thunberg, plusieurs élèves dénonçaient déjà des interpellations violentes aux abords du lycée. Sur une vidéo filmée sur place, deux policiers apparaissent en train d’immobiliser un jeune homme au sol.

Selon plusieurs témoignages recueillis aux abords de l’établissement, les tensions auraient commencé par une altercation entre un policier et un élève. « Le policier a insulté le mec qui se fait interpeller », raconte un témoin. Selon ce dernier, l’élève aurait répliqué verbalement avant que plusieurs policiers ne se jettent sur lui.

Le jeune homme, prénommé Kylian (les prénoms ont été modifiés) et scolarisé en seconde, aurait ensuite été placé en garde à vue, selon ses camarades. Ces derniers affirment être restés sans nouvelles de lui dans les heures qui ont suivi.

D’après les témoignages recueillis, l’intervention policière ne se serait pas limitée à cette interpellation. « Ensuite, ils ont gazé tout le monde afin de pouvoir arrêter un autre élève », poursuit le même témoin. Des parents auraient été touchés par les gaz lacrymogènes. Plusieurs élèves rapportent avoir été plaqués contre un mur et frappés à coups de matraque.

Dans un communiqué publié mercredi 14 octobre, le collectif des personnels mobilisés du lycée dénonce lui aussi plusieurs épisodes de violences policières. Selon les enseignants, un élève aurait été saisi au cou par un policier et projeté violemment en arrière à deux reprises. D’autres auraient été traînés par leur sac ou leur cou, tandis qu’un lycéen qui filmait la scène aurait été agressé et projeté en arrière.

Le collectif rapporte par ailleurs que des élèves qui tentaient de s’attacher pacifiquement aux grilles de l’établissement ont été gazés sans sommation.

Lycée Paul Éluard, le jeudi 15 octobre dans la matinée. Crédit : Sofiane Zerouala

« Soit tu te tais, soit je t’explique les choses autrement »

Au-delà des interpellations, les lycéens dénoncent des contrôles policiers qu’ils jugent intimidants aux abords de leur établissement.

Dans leur communiqué, les personnels mobilisés affirment que des policiers ont fouillé les sacs et les poches des élèves dans la matinée du 14 octobre. Certains auraient été contraints de montrer le contenu de leur téléphone portable.

Plusieurs lycéens interrogés par le Bondy Blog décrivent des contrôles similaires. « Ils t’isolent. Ils te serrent le poignet sans raison. Ils fouillent au complet. Ils étaient assez désagréables », raconte l’un d’eux à propos d’un contrôle d’identité.

Un autre affirme avoir été menacé alors qu’il filmait une intervention policière. « Je filme le contrôle. Il me dit d’arrêter de filmer et de me taire : “Soit tu te tais, soit je t’explique les choses autrement.” »

Ces témoignages nourrissent un sentiment de peur parmi les lycéens mobilisés. « On a peur de manifester à cause de la violence de la police », a confié un élève à une enseignante.

Un professeur évoque les conséquences psychologiques de ces interventions sur les adolescents. « Les élèves qui assistent à ces scènes sont traumatisés et j’ai entendu que certains pleuraient le soir. »

Ces événements surviennent dans un contexte de tensions déjà anciennes entre les personnels mobilisés, la direction et les forces de l’ordre. Dans un précédent communiqué, daté du 12 octobre, des enseignants dénonçaient déjà la présence policière aux abords du lycée et les restrictions imposées aux élèves souhaitant se réunir en assemblée générale à l’intérieur de l’établissement.

Une défiance qui s’étend à la direction

La colère des lycéens ne vise pas uniquement les forces de l’ordre. Plusieurs élèves mettent en cause le rôle du proviseur dans les interventions policières.

Dans leur communiqué du 14 octobre, les personnels mobilisés dénoncent la « caution tacite » qu’aurait apportée la direction aux pratiques policières. Ils rappellent que celle-ci avait, selon eux, autorisé des CRS à circuler dans l’établissement quinze jours auparavant.

« On a tenté une chaîne humaine. Il y avait de la place. Le directeur est intervenu et a demandé aux CRS de nous bouger directement », rapporte un élève.

Un autre raconte être rentré dans l’établissement pour chercher du sérum physiologique et avoir aperçu des CRS en train de prendre un café, leurs lanceurs de balles de défense posés contre un mur. Une scène qu’il interprète comme le signe d’une proximité entre la direction et les forces de l’ordre.

Les accusations vont plus loin. Selon un témoignage, le proviseur aurait photographié le carnet de correspondance de Djibril, un élève présenté comme l’un des meneurs de la mobilisation, avant de lui lancer : « Je vais vous faire tomber. » Un autre lycéen rapporte des propos similaires visant son camarade : « Toi et ton pote à la touffe, on va te faire tomber. »

La défiance est désormais telle que plusieurs élèves réclament le départ du proviseur. « C’est pas possible que ce soit quelqu’un comme lui à la tête d’un lycée comme Paul Éluard », a estimé l’un d’eux lors d’une assemblée générale réunissant parents, enseignants et élèves.

Le chef d’établissement a demandé à la police d’intervenir dans le lycée, a indiqué la préfecture de police à l’AFP, ajoutant que la police ne peut y pénétrer sans avoir été requise par la direction de l’établissement.

Sollicitées par le Bondy Blog afin de répondre aux accusations formulées par les élèves et les personnels mobilisés, la direction du lycée et les autorités policières n’avaient pas donné suite à nos demandes à l’heure de publication de cet article.

« On demande le minimum »

Mercredi, une assemblée générale réunissant parents, enseignants et élèves avait permis aux familles d’exprimer leurs inquiétudes. Certains parents redoutent notamment que les élèves mobilisés prennent du retard dans leur scolarité par rapport à ceux qui continuent de suivre les cours.

Mais malgré les tensions et la crainte des interventions policières, les lycéens ne semblent pas décidés à renoncer à leur mobilisation. Pour eux, céder reviendrait à donner raison à ceux qu’ils accusent de vouloir étouffer leur contestation.

« On demande le minimum, on n’arrête pas, sinon ça montre que la répression fonctionne », avait lancé une élève lors de l’assemblée générale.

Sofiane Zerouala

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