Présentée pour la première fois à l’Hôtel de ville de Paris ce 4 mars 2016, « Dans Mon Hall » est une collection de courts-métrages tournés avec des habitants des quatre coins de la France. Porté par la société de production De l’autre côté du périph’ et La Confédération Syndicale des Familles, la première édition de ce festival était présidée par la réalisatrice Euzhan Palcy.

La France dans toute sa diversité. Voilà ce qu’on se dit en regardant le public de l’Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris en ce vendredi matin. Venus des quatre coins de la France (Calvados, Morbihan, Guadeloupe, Guyane, Haute-Garonne, Loire-Atlantique, Paris, Seine-Saint-Denis), les spectateurs assistent pour la première fois à la projection des 27 courts-métrages produits par la société De l’autre côté du périph’ entre 2014 et 2016.

En 2006, le court-métrage Mon hall d’Hassan Strauss, primé au festival Génération Court d’Aubervilliers, inspire à la productrice Laurence Lascary l’idée de décliner le concept en courts-métrages tournés dans plusieurs villes de métropole et des Dom-Tom. Ce sera chose faite dix ans plus tard avec les habitants de Cugnaux (31), Paris (75), Sainte-Rose (971), Aulnay-sous-Bois (93), Nantes (44), Condé (14), Pointe-à-Pitre (971), Lanester (56) et Kourou et Rémire-Monjoly (973), villes où est implantée la Confédération Syndicale des Familles, qui copilote le projet.

Réalisés par plusieurs cinéastes talentueux parmi lesquels Rachid Dhibou (Halal police d’état), Nora El Hourch (Quelques secondes, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs 2014) ou Atisso Médessou (Les bandes, le quartier et moi, Etoile de la Scam 2012), les courts-métrages de la collection « Dans Mon Hall » ont reçu le soutien de la Fondation Abbé Pierre, la Fondation de France et le Commissariat Général à l’Egalité des Territoires (CGET). Et ont eu des contraintes communes : les cinéastes devaient tourner trois courts-métrages chacun, en deux semaines, tout en donnant la parole aux habitants.

Du créole à l’accent toulousain

Par le biais du cinéma, cette collection propose donc « une alternative aux sempiternelles caricatures » des quartiers populaires et donne à voir toute la pluralité de la France qu’elle soit géographique ou linguistique. On se délecte alors d’entendre du créole ou l’accent toulousain tout comme on se réjouit de voir des images du Nord et de l’Ouest de l’Hexagone.

Dans ces courts-métrages, l’humour est au rendez-vous, à l’image de Confessions canines, réalisé à Paris par Ibtissam Guerda où des chiens parodiant les humains parlent immigration et difficultés à vivre ensemble, ou encore Si j’étais de Rachid Dhibou, tourné à Cugnaux (31), où des jeunes s’imaginent animateur, gendarme, maire ou président de la République.

L’amour traverse également une grande majorité des films, qu’il soit filial ou marital. Dans Bonne fête d’Atisso Médessou, un père reçoit à Sainte-Rose (971) la visite de son fils qu’il n’a pas vu depuis longtemps ; dans Oublier de Sébastien Tulard, tourné à Lanester (56), un homme reçoit une lettre de son épouse ravivant les souvenirs de leurs premiers émois.

Mais de cette collection, une poésie se dégage fortement, notamment dans les trois films (Le libre, Les frères, Egales) réalisés à Dervallières par Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, repérés avec leur court Gagarine, primé au festival Génération Court 2015.

Le jury ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Présidé par la cinéaste Euzhan Palcy, il était composé d’Amédée Anfossy (Fondation de France), Toumi Djaidja (initiateur de la Marche pour l’égalité de 1983), Maïmouna Doucouré (réalisatrice), François Edouard (CSF), Jean-Luc François (créateur), Jean-Pierre Gilles (Fondation Abbé Pierre), Abel Jafri (acteur), Nadia Koné (agent d’artistes) ou encore Firmine Richard (actrice) et avait la lourde tâche de remettre 13 prix parmi les 27 films projetés.

13 films primés

Ainsi les villes de Sainte-Rose et Chanzy en Guadeloupe repartent avec deux prix chacune : le Coup de cœur du jury pour Jouons le jeu d’Atisso Médessou qui rend hommage à l’homme politique Félix Eboué ; Tapis de Sony Slow (Prix CSF, ex-aequo avec Adama Ouédraogo) où un homme décide de changer de vie ; Entités du même Sony Slow (Prix du vivre-ensemble) sur les idées reçues d’un homme effrayé par les jeunes de son quartier et Audrey de Sainte Rose d’Atisso Médessou (Prix du meilleur montage) où une jeune femme vivant dans l’attente d’un signe de son père reçoit un jour une mystérieuse lettre.

Nantes (44), Aulnay-sous-Bois (93) et Paris repartent également avec deux prix. Ainsi Les égales de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh (Prix de la meilleure réalisation) sur des femmes prenant un bol de liberté et Le libre des mêmes réalisateurs (Prix de l’évasion) sur un Algérien racontant son parcours en France, feront la fierté de la Loire-Atlantique. Tout comme Basile Mbemba (Meilleure interprétation masculine dans À fleur de peau de Nora El Hourch) et C’est quoi qu’est beau de Yassine Sangaré (Prix de l’esprit positif) ne manqueront pas de faire honneur à leur ville d’Aulnay-sous-Bois. Confessions canines d’Ibtissam Guerda (Prix de l’originalité) et Ladifetou Ndachingam (Meilleure interprétation féminine dans Les mots enchantés de la même réalisatrice), auréolent quant à elle le quartier Riquet de Paris 19e.

Les villes de Condé (14), Rémire-Monjoly (973), Lanester (56) et Cugnaux (31) ne repartent pas pour autant les mains vides. Ainsi La cabine des souvenirs de Rachid Dhibou, tourné à Cugnaux, où des habitants reçoivent des appels téléphoniques leur remémorant le passé décroche le Prix du meilleur scénario. Dorian Roman, acteur issu du quartier des Ames Claires à Rémire-Monjoly jouant dans Star Boy de Nicolas Napitupulu devient à lui seul la Révélation Nouvelle Génération du festival. 1950 DA de Sébastien Tulard, apportant un bol de poésie spatiale à la ville de Lanester, remporte de son côté le Prix du nouveau regard. Tandis que L’euro symbolique d’Adama Ouédraogo mélangeant l’univers des enfants de Condé (14) et les réalités des adultes, décroche le prix CSF, ex-aequo avec Sony Slow.

Pour une fois qu’un grand nombre de régions françaises sont présentées de manière égalitaire, espérons que ces films pourront être projetés dans les villes qui les ont vu naître. Et pourquoi pas qu’un partenariat se monte entre les festivals Dans Mon Hall et HLM sur Court(s), pour que toutes ces initiatives citoyennes autour de l’habitat et des quartiers populaires résonnent aux quatre coins de la métropole et de ses trop souvent oubliés territoires d’Outre-Mer.

Claire Diao

Plus d’infos : http://dansmonhall.com
Crédit photo : ©DACP

Articles liés

  • Myth Syzer : « À nous artistes d’amener le public vers d’autres univers et de prendre des risques »

    Dans le monde du rap, Myth Syzer était surtout reconnu comme étant le producteur de talent derrière des hits tel que « Périscope » de Damso. Le 30 novembre dernier, il sortait son album « Bisous Mortels », qui faisait suite à son premier projet solo « Bisous », sorti en avril 2018. Dans les locaux parisiens de son label, Thomas, de son véritable nom, revient pour le Bondy Blog sur son année faste, son parcours, et le collectif Bons Gamins dont il est issu. Le natif de la Roche-Sur-Yon évoque également l’amour, ses projets et son point de vue sur la visibilité des producteurs dans le milieu du rap français. Entretien.

    Par Félix Mubenga
    Le 14/12/2018
  • Ta-Nehisi Coates : Trump ou la revanche des suprémacistes blancs

    Avec un sens de la formule percutant et un important travail de documentation, le dernier livre de Ta-Nehisi Coates, « Huit ans de pouvoir, une tragédie américaine », traduit en français aux Éditions Présence africaine, analyse la victoire de Donald Trump à l’aune de la présidence de Barack Obama. Critique.

    Par Héléna Berkaoui
    Le 13/12/2018
  • François Beaune : « Mon boulot, c’est que la réalité te prenne en pleine figure »

    François Beaune a posé ses bagages dans la librairie des 2 Georges à Bondy le temps d’une rencontre avec le public bondynois autour de son dernier livre Omar et Greg. Un portrait croisé de deux anciens militants frontistes du Sud que l’auteur a rencontrés et écoutés sans jugement. Entretien

    Par Jimmy Saint-Louis
    Le 12/12/2018