2005-2015 : SOUVIENS-TOI ? Les blogueurs se rappellent de leur octobre et novembre 2005.
À Orly (94) en 2005, on participe sans le savoir au prologue de la tragédie annoncée. Depuis un moment le Ministre de l’Intérieur prône la tolérance zéro. Les hommes en bleu ont la pression. La pression du chiffre. Et nous, en bout de chaine, on ne comprend pas ce qui nous arrive. On étouffe.
On vient à peine de quitter l’hiver que ça sent déjà le souffre au quartier ! Aux Saules, la pression policière devient insupportable. Les contrôles au faciès se font plus fréquents. Les échanges sont de moins en moins cordiaux. Les fouilles au corps sont de plus en plus musclées. « De toute façon, tu finiras en taule comme tous les autres ». « Retourne dans ta jungle ! ». Le sentiment d’humiliation est à son paroxysme. L’outrage me fait du charme.
Je me rends compte que la fac est un sanctuaire et que je suis moins à plaindre que d’autres types déscolarisés, sans emploi, sans projet qui tuent le temps (et que le temps tue) en bas des tours. Nos débats deviennent des thérapies collectives. Les hommes en bleu veulent nous dresser. Ils nous prennent en chasse « Barrez-vous ! C’est notre territoire à nous maintenant ! ». Chacun y va de son humiliation subie. « Démarre ta caisse sale macaque » ! Nous rapporte JR pour s’être arrêté trop longtemps sur l’asphalte. Maurice a eu droit à une douche lacrymogène à bout portant en guise d’exfoliant pour une insulte qu’il n’a pas proférée. Omar jugé trop arrogant s’est fait tabasser (coups de pieds et matraques dans les côtes, ça laisse moins de traces) par des policiers qui l’ont mis dans le coffre de leur voiture avant de le jeter à Choisy-le-Roi (94). Il a dû rentrer au quartier à pied. Les témoignages se succèdent. Je frissonne en écoutant la description givrée de la froideur d’une arme à feu embrassant la tempe d’un voisin. La police, nous, on est tous dépassés par une force supérieure qui fait ressortir à chacun son côté le plus sombre.
On n’est pas organisés politiquement. Il n’y a pas de structure ni d’endroit pour se faire entendre. On n’a pas de preuves. Notre parole ne vaut rien. La violence policière, le climat délétère, on en est les premiers chroniqueurs. Et pourtant on est inaudibles, pas crédibles. On se dit que ça va mal finir. « Mais qu’est-ce, mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? » s’interrogeaient Kool Shen et Joey Star dix ans plus tôt. Le 27 Octobre 2005, la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré nous renvoie à notre condition collective de brindille sèche à la merci du Notos de la violence « légitime ». Clichy-sous-Bois s’enflamme. Orly s’essouffle sur ses braises ardentes. Et partout en France, des révoltés répondent en écho à la déflagration Clichoise.
Balla Fofana
2005, en attendant que le quartier explose
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