C’est à Cergy (95) que s’est déroulé hier soir le Championnat de France de boxe « poids welters » et le Championnat du monde de boxe féminine WBF. La Française Gaëlle Amand et Cergyssoise a décroché le titre face à la Bosnienne Irma Balijagic Adler. Retour sur une soirée musclée.

Ils n’attendaient qu’elle sous le chapiteau de 2400 places installé en plein milieu de l’Esplanade de Paris à Cergy. Gaëlle Amand, 29 ans, est revenue sur ses terres après avoir décroché l’année dernière dans sa ville le titre de championne d’Europe. Hier soir, c’était le titre mondial qu’elle visait. Avec tout un public derrière elle et des affiches placardées partout dans les rues, le soutien en masse et le poids de la pression pouvaient être un avantage comme un inconvénient. Mais avant son arrivée sur le ring, tout un show s’est orchestré avec plusieurs combats qui ont fait office de première partie pour échauffer le public.

Si on entend surtout les amis des boxeurs assis au premier rang lors de ses matchs : « T’énerves pas !!…Voilà, c’est mieux !! Protège-toi ! Donne deux, trois coups !!… » Il faut attendre l’arrivée du Championnat de France pour voir toute la salle s’improviser aussi entraîneur d’un soir.

« C’est dommage que ça se termine comme ça, c’est pas très sportif ».

Les choses sérieuses commencent, Ma Chaîne Sport débute son direct. La musique est à fond sur du Jamiroquaï, Daft Punk et Booba. Les boxeurs Franck Haroche Horta et Ahmed El Mousaoui arrivent sur le ring pour le titre de France « poids welters » (pour les novices en boxe, c’est la catégorie de joueurs pesant entre 63,503 kg et 66,678 kg).

On commence avec les premiers rounds, et là, le public explose. Les spectateurs tapent des pieds, crient le nom de leur joueur, sifflent, se lèvent, hurlent : « On est les champions ! ». Pendant les pauses, une blonde en petite tenue fait le tour du ring avec une pancarte pour annoncer le prochain round. On repart et ça part dans tous les sens. Gauche, droite, crochet et toute la panoplie de cet art du combat très populaire à Cergy. A la fin du match, et d’un score très serré qui s’est joué à deux points (95-94, 96-93, 94-96), le champion de France est nommé Ahmed El Mousaoui.

Mais à l’annonce du score, la bagarre recommence. Franck Haroche Horta, énervé, n’accepte pas sa défaite. Les deux hommes s’expliquent en dehors du ring. « On dirait qu’ils vont y venir aux mains », s’inquiète une dame. Pour d’autres, le manque de fairplay gâche la victoire. « C’est dommage que ça se termine comme ça, c’est pas très sportif », commente Joëlle, spectatrice. Plus tard, on aperçoit le vaincu Haroche Horta signer un autographe et il nous annonce, tel un Lionel Jospin en 2002 : « J’arrête tout, j’arrête la boxe ! » Le boxeur n’accepte pas que dans son pays, la France, il ne soit pas reconnu.

« Gaëlle ! Gaëlle ! Gaëlle !! »

Le Championnat du Monde de boxe féminin démarre enfin dans une salle en délire, mais seulement quand la Française arrive. Car lorsque la Bosnienne Irma Balijagic Adler s’avance vers le ring, c’est le silence total dans les tribunes. Inconvénient quand on joue dans le fief de son adversaire. La Marseillaise et l’hymne de Bosnie sont chantés et le combat peut commencer. Plus les rounds passent et plus Balijagic Adler s’affaiblit. La Française dans sa jupe bleu, blanc, rouge prend le dessus.

Elle reçoit des coups de tête de son adversaire mais continue de se battre. Toute la salle est derrière elle, l’encourage, tape des pieds. Dans la foule, certains se rassurent en voyant la Bosnienne se fatiguer. Le match prend fin, le jury international fait le décompte. Et c’est finalement le bras de Gaëlle Amand qui sera levé par l’arbitre. Les Cergyssois applaudissent à cœur joie leur championne du monde WBF des poids plumes. Si le titre de l’organisation « World Boxing Foundation » est considéré comme mineur à côté des plus connues comme la « World Boxing Association », la victoire reste intense car c’est la première fois qu’une boxeuse remporte un titre mondial dans sa propre ville.

Au Bondy Blog, Gaëlle Amand partage ses émotions à chaud dans les vestiaires : « C’est magnifique, je n’arrive pas encore à réaliser, c’est la récompense de beaucoup de travail. » Elle qui a analysé le jeu de son adversaire ne regrette pas d’avoir changé toute sa boxe pour ce match crucial : « J’ai l’habitude d’aller à la bagarre, de toujours rentrer dedans, mais là je suis restée à distance, je me suis canalisée et ça a payé. » Si tout le monde croyait en elle, pour elle, rien n’était gagné : « Je n’étais pas confiante pendant tout le match, mon adversaire était dangereuse, elle avait une bonne droite et avec ses coups de tête, j’étais un peu sonnée. Et quand j’ai entendu mon nom, je suis tombée sur l’arbitre, j’étais remplie d’émotion ».

Gaëlle Amand n’oublie pas de remercier le public, la ville de Cergy et ses promoteurs avec qui elle partage sa ceinture. Elle continue de donner des cours de boxe le dimanche dans son club, le Rahilou Cergy Boxe, et espère attirer avec son titre mondial plus de filles dans la boxe féminine. Quant à Christian Cerdan, président du club qui a co-organisé le tournoi avec l’Etoile Verte Production, il espère que Cergy devienne le pôle national de la boxe.

Assia Labbas

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