Il suffit parfois de deux petites minutes pour remporter un prix. Et c’est très exactement cela dont a eu besoin la réalisatrice Carole Cheysson pour convaincre le jury « net mobile » du 2e festival européen des 4 Écrans. Elle a reçu samedi 15 novembre à Paris le prix Écran d’or pour son court-métrage « Horaire d’ouverture », où des sans-papiers observent dans le froid, à la préfecture de Bobigny, une exposition que le photographe Paolo Woods leur a consacrée. C’est dans cette atmosphère pesante, au milieu d’une file d’attente interminable, que la jeune réalisatrice à décidé de recueillir les témoignages et capter les attentes parfois cruciales de chacun.

Ce festival, dont les membres du jury sont composés d’étudiants en journalisme du Celsa (Paris-Sorbonne), a pour but de récompenser les films qui ont pour support le cinéma, la télé, Internet et le téléphone portable. En somme, de promouvoir les nouveaux médias et les contenus innovants. Et Paolo Woods, le coréalisateur, fait figure de pionnier en la matière. « Je connais très bien Paolo avec qui je signe aujourd’hui mon deuxième film. Il fait partie des journalistes qui ont lancé le Bondy Blog et c’est dans ce cadre-là que le projet sur la préfecture s’est monté. »

L’aube, le froid, des visages, la fatigue, la préfecture de Bobigny et sa queue interminable ! Mais pourquoi la préfecture ? « Quand on habite Paris et qu’on ne connaît pas Bobigny, ça marque ! Voir toutes ces personnes qui sont là depuis des heures… Cet endroit et cette grande queue en disent long. C’est particulier dans le sens où c’est là que tout devrait commencer pour eux. C’est là que tout se joue… Ce n’est pas forcément accueillant. »

Photographier des gens dans des conditions si difficile, cela pourrait sembler délicat. Et pourtant : « Ils avaient envie de parler, la situation n’étant pas normale, ils se précipitaient tous sur nous. Ils voulaient tous partager ça, surtout les mamans avec leurs bébés dans le froid. » Notez que le tournage du petit documentaire s’est déroulé en janvier 2006, en plein hiver.

Ce n’est que deux ans plus tard, constatant que le thème du festival était l’asile, que Paolo Woods et Carole Cheysson se sont décidés à entrer en compétition : « Les autres films étaient différents, plus esthétiques. Gagner le prix m’a fait énormément plaisir. Ça fait du bien de recevoir une récompense alors que mon travail était assez confidentiel. » Au final on obtient un petit film avec des photos qui défilent et des voix qui se font entendre. Deux minutes de concentré qui en disent beaucoup sur les difficultés d’atteindre le rêve français, même quand on se croit en terre conquise.

Horaires d’ouverture, de Carole Cheysson et Paolo Woods


Horaires d’ouverture
envoyé par carolecheysson

Ndembo Boueya

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