#Bondygnon. Cette semaine, le Bondy Blog s’est installé à Avignon dans le cadre du festival de théâtre. Apres les habitants de Monclar, c’est au tour de ceux de la Reine Jeanne de nous parler de leur quartier et du festival. Reportage de Latifa Oulkhouir. 
A pied, vous en aurez pour une trentaine de minutes depuis l’épicentre du festival. Il faut sortir des remparts qui entourent le centre d’Avignon, les longer et puis leur tourner le dos. Si vous demandez votre chemin, vous tomberez peut-être sur quelques personnes qui vous diront « le quartier de la Reine Jeanne ? Mais vous allez faire quoi là-bas ? Ah vous êtes journaliste ? D’accord, je vois pourquoi vous y allez ».
A Avignon, le quartier est connu, c’est un quartier « difficile » comme on dit, il est encore plus connu depuis un article de Paris Match qui l’a rebaptisé « cité des salafistes ».
Le quartier commence juste après une résidence privée et proprette qui rend les façades des immeubles de la Reine Jeanne presque aussi jaunies que l’herbe du terrain vague qui leur fait face.
« Vous prenez des photos des bâtiments pour faire des travaux ? » Fouad habite le quartier depuis 7 ans. Le festival d’Avignon ? « J’y vais juste pour me promener dans le centre, pour voir comment s’habillent les gens parce qu’ils ont des tenues bizarres parfois, voir des anglais, des allemands, des américains, pour voir autre chose ». Quand on lui demande s’il aimerait que le théâtre vienne à lui, dans le quartier, il répond « le théâtre, c’est pas dans notre culture, ce qu’il faudrait ici, c’est des salles de sport pour les jeunes, ça éviterait les trafics et qu’ils fassent n’importe quoi. Quand c’est l’heure de la prière, je peux même pas me concentrer parce qu’ils font du bruit avec leurs motos devant la mosquée ». « Les jeunes du quartier, ce qu’ils veulent, c’est se défouler » ajoute Mounir, baguette de pain sous le bras, qui se tient à côté de lui.
A la Reine Jeanne, au milieu des barres, on trouve quelques commerces, boulangeries, boucherie, pharmacie, mais les clients sont rares en ce mois de juillet ou le quartier est quasiment désert. Devant une petite pizzeria, Yassine joue au foot avec des amis. Lui ce ne sont pas les affiches placardées partout dans le centre ville qui lui annoncent l’arrivée du festival mais plutôt les descentes policières « un mois avant, y’a beaucoup plus de contrôles, ça nous met la pression ». Mais ça ne l’a pas empêché de profiter de l’évènement, cette année, il est allé voir une pièce du off « De La Fontaine à Booba » « c’était vite fait, ça voulait se la jouer quartier, y’avait que quelques passages marrants »
Non loin de là, au centre de loisirs, les enfants jouent dans la cour de l’école, Rym y est animatrice. L’an dernier ils ont pu aller voir des pièces pour enfants, elle regrette que ça ne soit pas le cas cette année « mais on les a emmenés voir des spectacles de rue, cette semaine c’était les 6-9 ans, et la semaine prochaine les 10-12 ans ». « Moi j’aimerais trop y aller, ça m’intéresse mais avec le travail, j’ai pas le temps ».
Il n’y a pas que de potentiels spectateurs à la Reine Jeanne, il y a aussi ceux qui font vivre le festival. Leila et Jean-Luc sont en train de ranger leur garage. Par le passé, Jean-Luc jouait de la batterie dans les rues d’Avignon pendant le festival, il y a même fait le clown. Cette année, ils ne comptent pas s’y rendre mais d’habitude ils le font « j’allais sur TicketRéduc et je prenais des places pour ce qui m’intéressait ». Les habitants du quartier ne sont pas tellement informés de ce qui se passe mais ce n’est pas pour autant que Leila aimerait que le quartier soit placardé d’affiches « on a assez de détritus comme ça, et puis en centre ville, ils nettoient après le festival, je suis pas sûre qu’ici, ils viendraient nettoyer ». Ce quartier, elle le connaît, bien, elle y a grandi « quand j’étais plus jeune, ici, il se passait plus de choses, c’était plus animé ». Jean-Luc, ancien militant associatif de la banlieue lyonnaise souligne que l ’ « on est en train de faire des ghettos. Moi je vais vous dire un truc : loyer modéré : emmerdes assurées ».
Un peu plus loin, Brahim, attend le bus et me rappelle qu’on parle « du plus grand festival de théâtre dans le monde ». « Moi j’aime bien aller voir les pièces, emmener mon fils de 10 ans aussi. Mais c’est pas le cas de tout le monde dans le quartier et puis faut avoir les moyens, les gens vont pas mettre 20euros dans une place pour aller au théâtre ».
Pourtant, il y a des organismes qui proposent des places aux habitants qui n’ont pas les moyens de s’en offrir et œuvrent pour permettre aux personnes qui ne sont éloignés d’accéder à la culture. C’est le cas de l’OGA (Office de Gestion et d’Animation) dirigé par Agnès Grenier. « L’OGA est un relais de l’association « Culture du Coeur » » qui permet aux personnes qui n’ont pas les moyens de bénéficier de places gratuites pour le spectacle ».
Mais les habitants ne se pressent pas au portillon déplore la directrice « les habitants ne s’en saisissent pas, ils sont loin de tout, c’est loin de leurs préoccupations premières. Ça marcherait mieux de les accompagner mais on n’a pas les moyens humains pour le faire. On communique le plus possible mais on ne peut pas toucher tout le monde. C’est un public difficile à capter ».
 Les habitants du quartier de la Reine Jeanne, l’OGA les connaît bien, tout un travail a été fait autour de la mémoire, celle du quartier, de son nom, de ses habitants « il y a un manque de transmission de l’histoire familiale, les enfants naissent sans connaître leur histoire et c’est difficile de se construire ». Un documentaire a été réalisé et une pièce de théâtre a même été montée avec des enfants âgés de 7 à 12 ans. Il y a eu deux représentations dont une dans le quartier, quelques semaines seulement avant le début du festival. Mais aucun travail n’a été fait avec ce dernier, il n’a même pas été sollicité « un manque de temps » mais peut-être aussi la peur d’en perdre tellement la direction du festival est loin de celle des associations de quartier.
Nadia Slimani, médiatrice culturelle au sein de l’OGA donne son point de vue « en tant qu’avignonnaise ». « Lorsque l’on vit extramuros, il n’est pas facile d’être au courant de ce qu’il se passe, il faut s’y intéresser et chercher l’information et d’une certaine façon s’inviter soi-même… J’ai l’impression que les familles venant de quartier viennent au festival pour profiter des spectacles de rue et de l’ambiance festive mais pas forcément pour assister à des pièces de théâtre. A Avignon, les remparts ont une symbolique forte et sont une véritable frontière entre les quartiers et le centre ».
 « S’inviter soi-même ». Habitants et associations ont l’air bien seuls quand il s’agit d’accès à la culture. Pourtant, « on ne fait pas la révolution seul ». C’est la première phrase de l’édito d’Olivier Py, directeur du festival d’Avignon.
Latifa Oulkhouir

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