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Le 29 mai, Hu Jiang, un restaurateur de Belleville, dans le 11e arrondissement, était tabassé, jusqu’à tomber dans le coma (photo ci-contre), parce qu’il tentait de filmer une agression dont il était témoin. Dimanche 19 juin, des milliers de membres de la communauté chinoise, fortement implantée dans ce quartier populaire ainsi qu’ailleurs à Paris, ont manifesté contre l’insécurité, qu’ils jugent grandissante.

Une précédente manifestation, pour des raisons semblables, avait eu lieu le 20 juin 2010, à Belleville même. Elle avait dégénéré en scènes d’émeute urbaine avec les forces de l’ordre. Cette fois-ci, aucun incident n’est à déplorer. Il faut dire que le défilé s’est tenu en dehors des quartiers d’implantation chinois, entre République et Nation, avec pour principal mot d’ordre : « Bien-vivre ensemble ».

La manifestation était censé réunir des personne d’horizons différents et d’origines diverses. Mais elle a surtout rassemblé des Chinois, parlant peu français pour la plupart. Quelques Européens et Africains se sont toutefois joints au cortège, suivi par des médias, notamment étrangers, comme CCTV, une grosse chaîne d’information chinoise

Sous la grisaille parisienne, enfants, adolescents, adultes, personnes âgées formaient les rangs des manifestants. « Depuis la manifestation de l’année dernière, rien n’a été fait ! Il y a toujours des agressions, même plus, de plus en plus violentes ! Cette année, on est encore obligé manifester pour notre sécurité. Et on le fera encore s’il le faut », prévient Léo, 26 ans, d’origine chinoise.

Feing, une mère de 34 ans, arrivée en France en 2003, ne pense pas différemment. Elle ne s’imaginait pas connaître ici une telle insécurité : « La France c’est dangereux ! C’est ici que j’ai vu pour la première de la violence gratuite. Même si cela ne m’est pas encore arrivé, j’ai peur pour moi et ma fille. Même en Chine, c’est plus sûr. »

Anh Dao Traxel, ancienne boat-people vietnamienne, la « fille de cœur » recueillie par le couple Chirac en 1979, très engagée dans ce mouvement de protestation, témoigne pour un fait qui s’est produit dans le 13e arrondissement, où réside également une importante communauté asiatique : « Ma sœur s’est fait agresser au centre commercial Massena ! En plein centre commercial, et à 11 heures ! Personne ne l’a aidée ! On peut même se faire agresser au milieu d’une foule ! Aujourd’hui j’interpelle le ministre de l’intérieur Claude Guéant et le président Sarkozy, pour leur faire part de notre ras-le-bol. On n’en veut plus de cette situation, ils doivent réagir, c’est urgent ! »

Dans les discours officiels de la manifestation, les mots « agresseurs » ou « délinquants » ont abondamment été employés. Mais hors sono, ce sont plutôt les mots « Arabes » et « Noirs » qu’on a entendus pour désigner les fauteurs de troubles. Ming, un homme, lâche : « Moi je m’en fous si on me traite de raciste ou pas. Ils n’ont qu’à pas agresser les gens. » Parmi les manifestants, beaucoup disent « avoir peur », et certains ont du mal à faire la part entre les individus, souvent jeunes, qui commettent des violences physiques, et leurs origines « visibles ». Le slogan demeure : Bien-vivre ensemble.

Prosith Kong

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