Cette semaine, un tract à l’initiative de Saint Ouen habitat public a été collé dans les halls d’immeubles. Ce document stipule clairement l’interdiction de nourrir des SDF et un risque d’expulsion en cas de manquement à cette obligation. La polémique n’a pas tardé à exploser.

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Les habitants risquent lexpulsion » s’ils « nourrissent des sans abris ».

En général, il faut peu de temps, aux choses, pour qu’elles changent. Prenez Saint Ouen, ville rouge depuis longtemps, passée du côté obscur de la force, aux dernières élections municipales. Il a fallut quelques mois, moins d’un an, pour que Saint Ouen change. Quelques mois, pour qu’elle devienne une autre ville, divisée en deux, toujours tiraillée entre le bon et le mauvais. Entre les pour et les contre.

Depuis l’élection du nouveau maire, William Dellanoy, classé à droite, même s’il réfute l’appellation, les bruits ne sont pas les meilleurs. On entend ceux qui pleurent la restriction budgétaire aux associations, d’autres qui pleurent des lieux culturels emblématiques, comme Mains d’Oeuvres, promis à la mort par le maire. Il y a les satisfaits aussi, qui vantent ses mérites, pour que Saint Ouen devienne « un petit Suresnes ». Et puis, le 15 décembre, il y a eu un virage. Dans le mur.

Imaginez. Vous êtes locataire d’un HLM, résidence 41, rue Albert Dhalenne. Vous vous préparez pour aller au travail, faire vos courses, tout ce que vous voulez. Vous descendez par l’ascenseur. Vous ouvrez votre boites aux lettres. La routine. Des factures et des publicités pour des sushis pas chers. Vous levez les yeux et il y a ce tract collé au mur. Il s’adresse à vous. Vous devez le relire deux, trois, mille fois avant d’y croire.

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« Je tiens à présenter mes plus sincères excuses… »

Dans un tract, daté du 15 décembre, l’office HLM de Saint Ouen (Saint-Ouen Habitat Public) s’adresse à ses locataires et lance un « appel à la vigilance ». Détaillé en deux points, l’office prévient les habitants qu’ils risquent l »expulsion » s’ils « nourrissent des sans abris« . Le tract, depuis hier, a fait le tour des indignés sur Twitter. A juste titre. Vendredi matin, sur France Info, le président du DAL, Jean Baptiste Eyraud a déclaré : « On ferait le même texte pour les pigeons ». Il a, ensuite, appelé à manifester aujourd’hui, samedi, devant la mairie.

Au téléphone, la mairie montre sa panique : « Vous êtes de nombreux journalistes à nous joindre aujourd’hui, mais nous ne savons pas où vous diriger, le maire et la directrice de communication ne sont pas là ». Plus tard, la chef de cabinet répond : « C’est une communication odieuse de la part de Saint Ouen Habitat Public, mais ça n’a rien à voir avec le maire ». Elle finit par expliquer : « Ce tract était l’initiative d’une seule personne à Saint Ouen Habitat Public, qui n’a consulté personne avant de le publier ».

De son côté, Saint Ouen Habitat Public a affiché, dans ses immeubles, sur les mêmes murs que les honteux tracts, des mots pour présenter leurs « sincères excuses ». Une sorte de désamorçage raté, d’une bombe qui a déjà explosé. La « fausse polémique », comme l’appelle la mairie, avait déjà enflammé les coeurs. Il y a des choses, comme ça, qui ne passent pas…

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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