Une fusillade a éclaté samedi vers 15h30 à Villiers-le-Bel. Bilan : un mort et un blessé, âgés respectivement de 19 et 18 ans. Elle s’est produite au pied d’un immeuble, dans le quartier des Carreaux. Deux hommes sortaient du bâtiment lorsque l’un d’entre eux a été atteint par des tirs. Le conducteur d’un véhicule qui les attendait a été mortellement touché à la tête, selon Le Parisien, qui cite l’AFP. Les tireurs, cagoulés, se sont enfuis à bord d’une Clio. Les deux victimes des coups de feu sont issues du quartier du Puits La Marlière. Une tuerie en plein jour, apparemment sans rapport avec le procès d’assises en cours à Pontoise. Il pourrait s’agir d’un règlement de compte sur fond de trafic de drogue. Mais rien n’est sûr.

« Il y a depuis plusieurs années dans cette ville une guerre entre les différents quartiers ; le Puits la Marlière, les Carreaux, les Burteaux et la Zac. Des cités mitoyennes », raconte Willy, 25 ans, résident au Puits la Marlière. Un conflit permanent qui a pris une tournure plus dramatique ces derniers mois : « Cela pète de partout, il ne se passe pas une semaine sans que des balles claques. Hier soir (vendredi) juste à l’entrée de la Zac, une fusillade a eu lieu. Heureusement que le groupe visé a eu le réflexe de se coucher. C’est Bagdad en ce moment », constate Eric, 19 ans, un jeune homme de la Zac. Résultat : c’est « peur sur la ville ».

« Je sature. Depuis les émeutes de Villiers-le-Bel, effectivement, les forces de police sont de plus en plus nombreuses et armées jusqu’aux dents. Mais en même temps les jeunes sont de plus en plus violents. Les pouvoirs publics sont dépassés par les évènements », constate Hafid, 30 ans, cadre en informatique.

Des adultes sont de plus en plus affolés par ces règlements de compte dignes du grand banditisme : « J’ai deux jumelles de 12 ans. Depuis quelques jours, je ne les autorise plus à sortir dans le parc de la poste. Je crains qu’elles ne reçoivent une balle perdue », explique Mamadou, 45 ans, agent à la Poste.

Une violence à l’américaine qui s’accentue malgré les mesures préventives et répressives de l’Etat : « Des actions ont été mises en place par la Mairie, le Conseil régional et le ministre de l’intérieur. Mais le constat est terrible, les jeunes se canardent pour un regard ou une insulte. Contrairement à Saint-Ouen ou Stains, Villiers-le-Bel n’est pas une plaque tournante de la drogue. Il y a pas d’argent en jeu, c’est juste une histoire d’orgueil et d’honneur », analyse un animateur de la commune qui souhaite garder l’anonymat.

Après une après-midi de samedi agitée, un calme précaire régnait dimanche dans la nuit dans la ville. Comme à chaque fusillade sur Villiers-le-Bel, les forces de l’ordre en très grand nombre ont aussitôt renforcé leur surveillance. Un déploiement policier se voulait dissuasif. Le premier magistrat a appelé au calme via une dépêche AFP. Comme au plus fort des émeutes de 2007, le maire Didier Vaillant ne semble pas avoir réellement prise sur les événements.

Chaker Nouri

Chaker Nouri

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