Mercredi 25 octobre, une marche à l’initiative de l’association AC le feu partira de Denfert-Rochereau à 14 heures en direction du palais Bourbon.

Un an après le début des révoltes de novembre 2005, le collectif AC Le Feu de Clichy-Sous-Bois, né à la suite de ces événements pour porter la voix des banlieues, livre une contribution plus que jamais nécessaire pour rompre une fois pour toutes avec les promesses non tenues et faire bouger les choses. Mercredi 25 octobre, les membres du collectif, des délégations et associations venues de toute la France et tous les volontaires qui soutiennent leur initiative se réuniront à 14h, place Denfert-Rochereau, à Paris, pour une marche en direction du Palais Bourbon. Cette marche devrait donner lieu à la remise, en main propre, d’un cahier de doléances, fruit d’une enquête sur le terrain, au président de l’Assemblée Nationale, Jean-louis Debré. Pendant plusieurs mois, le collectif qui s’est réparti en groupes a sillonné les grandes villes de France en minibus à la rencontre des citoyens. En tout, 20 000 revendications qui font le malaise des banlieues ont été recueillies. Jusqu’à aujourd’hui, les présidents des partis politiques ne sont pas unanimes à recevoir ces doléances qui « constituent normalement le travail des institutions que nous avons fait à leur place », selon Mohamed Mechmache, l’un des fondateurs d’AC Le Feu. Il nous livre, dans un entretien pour le Bondy Blog, son point de vue sur la situation actuelle dans les banlieues.

Après ce tour de France des banlieues, quels constats peut-on faire au niveau de l’emploi notamment ?

M.M. : D’énormes propositions sont prévues dans le domaine de l’emploi comme des nouveaux métiers. Mais elles sont à découvrir dans les cahiers de doléances à partir du 25 à l’Assemblée Nationale et sur notre blog. Ces recueils de paroles, constitués de constats mais aussi d’analyses et de propositions, serviront d’outils et de moyens à tous les pouvoirs publics. Nous sommes le porte-voix du plus grand parti politique qui existe : le peuple.

Qu’attendez-vous de la journée du 25 octobre 2006 ?

M.M. : Nous souhaitons être reçus officiellement par tous les présidents des partis politiques de façon à être équitable. Le fait que l’Etat n’entende pas l’appel au secours de la population veut dire qu’il ne prend pas en considération sa souffrance. Si personne ne tient compte de ce qui s’est passé l’année dernière, les jeunes risquent de reproduire les violences à un degré plus élevé.

Ce propos ne peut-il pas être pris comme une menace par les politiques?

M.M. : Dire que les violences risquent de reprendre est loin d’être une menace, c’est un constat. C’est dire : soyez conscients messieurs les politiques, en ne réagissant pas, vous cautionnez ce qui risque de se passer.

Selon vous, qu’est-ce qui a amené les jeunes à se révolter ?

M.M. : Il y a 23 ans, la marche citoyenne de l’égalité des chances appelée « la marche des beurs » n’a eu aucun effet positif. Les choses ont régressé au lieu d’évoluer : travail précaire, manque de reconnaissance, etc. Les jeunes veulent arrêter de vivre à huit dans un studio et voir leur mère monter dix étages par l’escalier. Ils ont exprimé à leur manière une souffrance subie au quotidien. Le fond est compréhensible mais la forme est répréhensible. C’était le seul moyen pour ces jeunes de se faire entendre. N’est-ce pas depuis ce moment qu’on a commencé à se focaliser sur nos quartiers ?

Qu’est-ce qui a changé depuis l’année dernière à Clichy-Sous-Bois ?

M.M. : Rien n’a été fait pour l’instant, même pas en amont. Que des effets d’annonce ! La souffrance, les jeunes qui ont le ras le bol de vivre dans des conditions désastreuses : ça c’est du concret. Les pseudo subventions versées aux associations sont celles qui avaient été gelées. Leur montant représente une faible somme. Le gouvernement pond des projets qui ne prennent pas le peuple en considération. Par exemple, le plan de rénovation urbaine du ministre de l’emploi, du logement et de la cohésion sociale, Jean-louis Borloo est annoncé depuis 3 ans : les habitants n’ont pas été concertés et pas une seule grue n’a été installée. Lorsqu’un jeune va passer un entretien de motivation, l’employeur lui lance une réflexion anecdotique par rapport à ses origines. Et sur ses compétences ? Rien. La situation est urgente. Nous allons bientôt changer de gouvernement et celui ci peut, à son tour, réorienter ses priorités et nous laisser une fois de plus sur le banc de touche.

Propos recueillis par Nadia Boudaoud

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