Youcef Bouchaala est très sceptique sur le plan Espoir banlieue dévoilé par Nicolas Sarkozy vendredi dernier. Lui qui a lancé son association en plein cœur d’Avignon en 2000, sait que les discours s’évaporent souvent dans la technostructure. « Ce plan banlieue est une grosse déception. Des d’effets d’annonce, un président mal à l’aise sur ce sujet. Une dilution des actions dans chaque ministère. Rien que la méthode prouve l’inertie. »

Youcef Bouchaala parle en connaisseur des méandres administratifs. Ce militant associatif vient du monde de l’entreprise. C’est un pragmatique. Il travaille depuis plus de 10 ans sur des projets visant à épauler tous les publics en difficulté, qui souhaitent se raccrocher à l’emploi ou à la vie sociale.

Le visiteur qui entre dans les locaux de son association, Avenir 84, est d’emblée frappé par la diversité des profils qui sont concernés. Des mères de famille en formation sur les nouvelles technologies ; des jeunes qui apprennent à réaliser un site Internet ; une association de handicapés qui milite pour faciliter l’accès des personnes en fauteuils au tourisme et à la culture ; des cours d’alphabétisation… « Ça défile toute la journée entre 9 heures et 20 heures, six jours sur sept », confie une des animatrices.

Avenir 84 (84 comme le département du Vaucluse) s’est volontairement implanté à mi-chemin entre le centre-ville d’Avignon et les quartiers populaires pour qu’il ne soit pas reclus au fond d’un quartier et finisse, comme bien souvent, par tourner en rond. Si cette association, qui est également un centre de formation agrée, œuvre avec cette diversité de publics, c’est qu’elle sait bien que chacun peut s’enrichir de l’expérience des autres. « Lorsque les jeunes des quartiers se plaignent d’être mis de coté et mal acceptés, le fait de fréquenter des personnes en fauteuil qui souffrent bien plus qu’eux d’exclusion les amène à revoir un peu leur position et à moins s’écouter. »

Le système associatif, Youcef Bouchaala l’a bien décortiqué. 80 % des moyens se perdent dans la technostructure. Les financements publics qui sont pourtant importants, sont en grande partie mangés par les institutions appelées à les redistribuer aux associations. Au final, l’argent ne profite qu’à la marge aux publics en difficulté. A Avignon, le cas de la culture est flagrant. La plupart des subventions vont au pantagruélique Festival d’Avignon et le reste des associations se partage les miettes.

Avenir 84 prouve qu’un maillage associatif, expert sur son terrain, à qui on donne les moyens de travailler, est l’une des solutions pour améliorer les situations. Reste à contrôler l’efficacité réelle de ces associations et leur impact réel sur les populations.

La politique de restriction budgétaire de ces dix dernières années est allée à l’opposé de cette démarche de soutien aux associations et elle est probablement l’une des responsables de la montée des tensions dans les quartiers. Depuis les violences de 2005, les moyens sont alloués en priorité à des dizaines de conférences et réunions qui discutent en boucle des questions de la diversité ou autres points théoriques, sans qu’il en ressorte quelque effet bénéfique sur le terrain.

Pour finir sur une note positive, nous étions accueillis à Avignon par Jamil Zéribi, animateur d’un blog dans la perspective de créer d’ici un mois un « Avignon Bondy Blog », dans lequel les habitants des quartiers comme du centre-ville auront toute la place pour s’exprimer et pour nous raconter ce qui se passe de par chez eux.

Mohamed Hamidi

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