À vingt ans, Albis Lleschi ne profitera plus de l’insouciance des jeunes de sa génération. En rentrant de son stage, mardi dernier, il a été arrêté lors d’un contrôle routier et placé dans le centre de rétention d’Auvare, dans les Alpes-Maritimes (06). 

Le parcours du jeune homme albanais est pourtant révélateur d’une bonne intégration. Il est arrivé en France il y a trois ans et demi. Encore mineur, il était accompagné de sa mère et sa sœur. Les trois ont fui à la suite de problèmes avec la famille paternelle. Albis s’est engagé dans plusieurs associations caritatives. Il était connu pour son sens de l’autre et sa générosité, il travaillait bénévolement au MIR, une structure d’aide aux sans abris, deux fois par semaine.

Il fréquentait assidûment la Bougie, une aumônerie catholique étudiante. Mais son titre de séjour n’a pas été renouvelé l’année passée. Il comparaitra demain matin devant le tribunal administratif de Nice. Et encourt une expulsion du territoire français.

12674198_880356802086233_449773465_n« Un garçon généreux, qui a plein d’amis et distribue des repas aux SDF le soir »

Malgré la barrière de la langue, Albis est scolarisé aux Eucalyptus, un lycée où il suit un bac professionnel en outillage. Il a à cœur de s’intégrer à la société française. Lors de l’expiration de son titre de séjour, il a fait une demande qui lui a été refusée mais qui est en cours de réexamen. Sa sœur Sabina ne comprend pas cette arrestation arbitraire : « Nous sommes venus là, tous les trois, par besoin, nous ne pouvons pas retourner en Albanie, nous sommes menacés et craignons pour notre vie ». Cette situation la désole, sa mère, son frère et elle n’ont pour seul souhait que de pouvoir rester dans le pays, « Vous savez, nous sommes catholiques, modérés, nous ne sommes pas des terroristes, ni des gens méchants, nous avons besoin d’un titre de séjour ou de l’asile politique pour pouvoir travailler, fonder une famille, construire notre futur en France ». Sa sœur poursuit, « C’est un garçon généreux, il a plein d’amis et distribue des repas aux SDF le soir ».

« Il y a trois ans et demi en Albanie, mon père a essayé de me tuer »

Nous avons pu joindre Albis au CRA d’Auvare, où il a été transféré jeudi matin. Il est très anxieux pour son audience de ce samedi 26 mars. Véritable choc, les détails qui le marquent sont révélateurs des préoccupations des jeunes de son âge. « C’est la merde, c’est catastrophique, ils sont tous fous ici, je suis obligé de prendre ma douche devant tout le monde, les gens ne sont pas normaux ils fument du shit » a-t-il confié, révolté. Albis partage sa cellule avec cinq personnes et a très peur des autres détenus. « Hier il y a eu une bagarre, je n’étais pas dedans mais je ne peux pas trop parler, ils sont à côté».

Il nous révèle en fin d’entretien le problème qui les a poussé à partir pour la France. « Il y a trois ans et demi, mon père a essayé de me tuer, nous n’étions plus en sécurité en Albanie ».

Victoire Chevreul

Articles liés

  • Ici ou là-bas, des lignes meurtrières et des exilés toujours plus stigmatisés

    Alors que les responsables politiques français se font remarquer par un mutisme complice face aux dernières tragédies des exilés, Barbara Allix a décidé de parler de ceux qui se battent pour ces oubliés. Juriste, spécialiste du droit des étrangers, elle est installée à Briançon (Hautes-Alpes) où chaque jour de nombreux exilés traversent la frontière italienne dans les pires conditions. Elle raconte l’envers du décors de cet engagement pour l’humanité. Billet.

    Par Barbara Allix
    Le 30/11/2021
  • Guadeloupe : « On est obligé d’arriver à des extrêmes dramatiques »

    Depuis la mi-novembre, la Guadeloupe est traversée par un mouvement social profond, allumé par une grève des pompiers et soignants face à l'obligation vaccinale de ces derniers. Un mouvement de grève générale qui s'est suivi par des révoltes urbaines, et qui illustre un malaise profond de la société guadeloupéenne et de sa jeunesse face à l'État français. Témoignages.

    Par Fanny Chollet
    Le 26/11/2021
  • Exilés : « La France et l’U.E vous ont laissés vous noyer »

    27 exilés ont perdu la vie le 24 novembre dernier, alors qu'ils tentaient de traverser la Manche, pour rejoindre le Royaume-Uni depuis Calais. Une nouvelle hécatombe, qui devraient mettre la France et l'Union Européenne face à leurs responsabilités. C'est l’électrochoc que voudrait voir Félix Mubenga, devasté et en colère devant des drames qui se répètent. Comme nous tous. Edito.

    Par Félix Mubenga
    Le 25/11/2021