Angel (le 2ème en partant de la droite sur la Photo) loue depuis 3 ans, une maison avec un jardin à Pavillons-sous-Bois, sur un terrain appartenant à la fondation Abbé Pierre. Angel n’a visiblement rien d’un gitan. Du moins, aucun des attributs véhiculés par les stéréotypes : une caravane squattant le moindre mètre carré de friche, le séchoir à linge planté dans le décor et ses bambins jouant dans les prés. Autre vieux poncif battu en brèche, celui des gitans qui ne se marient qu’entre eux : Angel a pour compagne Vanessa, Française dite « de souche », à la peau blanche, aux cheveux longs châtains et au visage fin.

Et pourtant. Dépositaire de la culture et de la langue espagnoles, Angel se considère comme gitan dans l’âme. Français aussi, car sa famille s’est arrêtée en France au début du XXème siècle. Sa peau brune et ses cheveux bruns raides décèlent ses origines indiennes. « Mon rêve serait d’aller un jour en Inde, embrasser notre terre », précise-t-il. A 32 ans, Angel, technicien de métier, anime un groupe de musique, Castacali, qui veut dire « déesse indienne ». Un mélange de flamenco et de raï, où le son de la guitare prédomine. Aussi, lui et ses frères se complaisent-ils à regarder les films indiens de Bollywood.

Si sa culture est conservée, les croyances religieuses, autrefois basées sur l’islam, ont changé au fil du temps. Aujourd’hui, ce gitan fait partie du mouvement chrétien évangélique. S’il se dit gitan, Angel fait référence à l’histoire de ses ancêtres qui eux ont voyagé pendant des siècles de l’Asie à l’Espagne en passant par l’Egypte, d’où le nom « gitan » tient sa source.

Il montre un fort attachement à son entourage, la tribu Adam, disséminée à Pavillons-sous-Bois, qui constitue, en grande partie, son voisinage. Dans ce quartier pavillonnaire, la « tribu » mais aussi les autres, dont beaucoup de Français et de Maghrébins, se serrent les coudes.

(Lors du premier entretien, en apprenant ma venue, les « cousins et cousines » sont arrivés les uns après les autres, au point que le salon était plein). « Quand un cousin perd son emploi, ou se retrouve dans la misère, nous côtisons tous pour lui, affirme Angel. D’ailleurs, avant d’habiter notre maison, ma femme et moi étions logés chez ma sœur pendant 5 ans ». On ne peut pas parler d’Angel sans évoquer la famille. Les enfants aussi sont sacrés. Gare à celui qui ose leur causer du tort ! Pour ne pas être mal vu, il y a certains codes sociaux à connaître : « l’homme n’accepte pas que la femme le traite de menteur ». Quant à la virginité des jeunes filles, elle constitue un honneur et reflète l’éducation des parents. En théorie, car la tribu Adam ne suit pas tous ces principes à la lettre. Angel et sa compagne ont commencé à vivre ensemble et fait leur premier enfant avant le mariage religieux. « Chez nous, les mentalités ont beaucoup évolué en quelques décennies. Les parents acceptent le changement, dit-il. L’essentiel est de rester ensemble et ne pas oublier ses origines ».

Dans ce milieu où le respect du plus vieux se fait valoir, Pipo, le père d’Angel et chef de la « tribu », a été décoré de l’ordre du mérite par le préfet de Seine-Saint-Denis, et de la Légion d’Honneur par l’ancien président de la République, François Mitterrand dans les années 1990. « Nous commençons à être pris en considération par les pouvoirs publics, remarque Angel. Il y a 10 ans, les enfants à l’école étaient placés au fond de la classe et n’étaient pas mélangés avec les autres ».     

Nadia Boudaoud

Nadia Boudaoud

Articles liés

  • Décoloniser les musées : « La question est éminemment politique »

    L'association Alter Natives a présenté les conclusions d'un programme d'échange entre musées européens et jeunes étudiants autour des objets spoliés pendant de la colonisation. La restitution des œuvres d’art à l’Afrique notamment reste un sujet brûlant. Il se heurte à de nombreux obstacles législatifs et aux mentalités. Reportage.

    Par Meline Escrihuela
    Le 07/02/2023
  • Le combat des sans-papiers contre la dématérialisation

    Les associations, syndicats et travailleur.euses sans-papiers étaient rassemblés, mercredi dernier, devant la préfecture de Bobigny. Ils dénoncent la fermeture des guichets qui crée des files d’attente virtuelles interminables et rend les démarches de régularisation kafkaïennes. Reportage.

    Par Aissata Soumare
    Le 06/02/2023
  • Pour un accès égalitaire à la PMA, la Pride des banlieues lance une pétition

    En juin aura lieu la troisième édition de la Pride des banlieues. Les organisatrices et les organisateurs lancent une pétition pour revendiquer l'égalité d'accès à la procréation médicalement assistée (PMA). Malgré l’ouverture de la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes, les inégalités perdurent.

    Par Eva Fontenelle
    Le 03/02/2023