On attend toujours les visites de Josiane Balasko et Charles Berling, soutiens historiques aux sans-papiers et mal logés. Pour l’heure, côté people, seul le rappeur franco-malien Mokobé est venu remonter le moral des centaines d’Africains entassés sur le trottoir, boulevard du Temple, à Paris, à deux pas de la Place de République. Depuis leur expulsion, mardi 23 juin, par des gros bras de la CGT, de la Bourse du travail qu’ils occupaient depuis quatorze mois, ils « crèchent » sur une bande de bitume longue de quelques dizaines de mètres, mangent et dorment à ciel ouvert. L’entrée toute proche de la Bourse du travail, gardée par des CRS, leur est désormais interdite.

Un cordon et des barrières de sécurité délimitent la zone dans laquelle cette foule de sans-papiers, hommes, femme et enfants, est désormais parquée, sous la surveillance des forces de l’ordre. Ils ne sont pas retenus prisonniers; ce sont eux qui ne veulent pas partir de là, préférant rester groupés, dans l’espoir d’une régularisation collective que certains réclament depuis plusieurs années.

Cette situation rappelle le cas des clandestins de Cachan, à l’été 2006. Ils étaient des centaines rassemblés dans un gymnase et demandaient eux aussi leur régularisation. La police avait fini par les évacuer et des élus leur avaient trouvé un relogement. « Sauf que là, nous sommes dans Paris, au milieu des Parisiens, et qu’une évacuation est plus délicate à réaliser », note, tacticien, Sissoko, le responsable de la Coordination 75, l’organe qui fait pression sur les autorités pour la délivrance de titres de séjour.

Lors du fort orage survenu une nuit de la semaine dernière, les bâches et les cartons, rangés la journée avec les matelas contre le mur qui longe le trottoir, n’ont pas entièrement protégé de la pluie. Des proches des sans-papiers leur apportent de la nourriture matin, midi et soir. Les enfants vont à l’école et rentrent au campement après les cours.

Mais il n’y a ni eau, ni sanitaires à disposition, et la chaleur, de laquelle on se protège avec des parapluies, n’arrange rien. Par chance, il est possible de remplir des jerricanes à une fontaine distante d’une cinquantaine de mètres. Les fidèles musulmans font ainsi leurs ablutions avant la prière. Pour se doucher, il y a les bains publics, dans le quartier Oberkampf. Les toilettes ? « Nous devons aller dans des cafés et ça coute à chaque fois 50 centimes », raconte Diaby. Les restaurateurs refusent l’accès aux WC de leur établissement. « On n’en sortirait plus si on acceptait, explique le propriétaire d’Au Royal Couscous. Je donne de l’eau aux femmes qui en ont besoin, mais pas aux hommes. » Depuis que les sans-papiers sont installés sur le trottoir et n’en bougent plus, la clientèle a déserté sa table. Une riveraine soupire : « On comprend la misère humaine, mais on a aussi nos problèmes. »

Le « dossier » est entre les mains de la préfecture et du ministère de l’immigration. 1174 demandes de régularisation ont été déposées par la Coordination 75, qui exige des titres de séjour pour les personnes pouvant justifier de quatre ans de présence en France et un moratoire pour celles qui résident depuis moins longtemps sur le territoire français jusqu’à ce qu’elles atteignent les quatre années. « Nous lèverons le camp seulement si ces revendications sont satisfaites », prévient Sissoko, en discussion avec les mairies des 2e et 3e arrondissements pour la mise à disposition d’un hébergement pouvant accueillir ensuite les « squatteurs » du boulevard du Temple.

Des volontaires, jeunes Français, étudiants pour la plupart, se relaient auprès des sans-papiers pour « empêcher une évacuation des lieux », mais surtout, disent-ils, c’est plus réaliste, pour témoigner de toute opération policière, le cas échéant. L’épreuve de force continue.

Antoine Menusier

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