Ensemble, faisons résonner la voix des quartiers populaires.

Soutenez le média libre qui raconte des histoires qu'on n'entend pas ailleurs.

Je fais un don

Ma grand-mère est d’origine algérienne. Elle ne sait pas exactement son âge. Quand elle est née, en Kabylie, on n’enregistrait pas automatiquement les enfants. Néanmoins, les papiers français faits à l’époque indiquent 84ans. Comme elle est illettrée, ma mère et mes tantes s’occupent de ses papiers administratifs. Grand-mère a vécu plus de temps en France que dans son pays d’origine, ça fait 62 ans qu’elle réside ici, elle n’est toujours pas naturalisée, mais ça c’est une autre histoire.

J’en reviens au fait qu’elle soit très âgée. Elle a du mal à rester debout et à se déplacer. Pour renouveler sa carte de séjour c’est une corvée. Il faut attendre des heures et des heures debout à la préfecture. Une formalité à répéter tous les 10 ans. Maman, pour éviter que grand-mère ne se déplace, est partie à la mairie afin de demander un dossier, car certaines communes comme celle de Bondy épaulent les seniors dans leurs démarches. Celle de Montreuil n’a jamais entendu parler de ce service. Ma mère a donc dû demander un certificat médical au docteur pour que ma mamie soit exempter d’effectuer le déplacement jusqu’à Bobigny et patienter des heures debout. Le médecin traitant a refusé. Comment faire ?

En fin de compte, une de mes tantes a payé une personne 20€ pour qu’elle fasse la queue à quatre heures du matin. Ensuite une autre de mes tantes habitant Neuilly-sur-Marne a pris une demi-journée de congé pour aller chercher ma grand-mère à Montreuil en voiture. Le trajet jusqu’à Bobigny nécessite de prendre un bus, une tâche difficile pour ma mamie. Dernière étape, ma mère s’est déplacée depuis Bondy pour rejoindre sa maman une fois le rendez-vous à la préfecture pris. Cette étape du périple a nécessité la mobilisation d’une bonne partie de la famille. Mais elle ne consiste qu’à récupérer le dossier pour renouveler sa carte séjour. Une fois celui-ci dûment rempli, grand-mère pourra espérer ne pas tomber dans la clandestinité.

Mamie a de la chance, elle est bien entourée. Je me demande comment font les personnes âgées isolées qui n’ont pas cette chance.

Farriel Namour

Articles liés

  • Étudiants ultramarins : une rentrée à des milliers de kilomètres de chez eux

    Étudier dans l’Hexagone implique, pour de nombreux jeunes ultramarins, de partir à des milliers de kilomètres de chez eux. En 2023, 39 700 étudiants ayant obtenu leur baccalauréat dans une académie ultramarine poursuivaient leurs études dans l’Hexagone. Entre offre de formation limitée, éloignement familial et découverte d’un nouveau quotidien, cette mobilité impose une double adaptation.

    Par Iris Pastel
    Le 25/09/2026
  • Affaire Emmodem : l’Algérienne qu’on croyait connaître

    Une mère voilée, un père sous OQTF, du « sang DZ » et de l’islamophobie : il n’en fallait pas beaucoup pour donner vie à l’alter ego algérien inventé par la streameuse Emmodem. Une affaire qui en dit peut-être autant sur son autrice que sur les clichés qui ont permis d’y croire.

    Par Sofiane Zerouala
    Le 28/08/2026
  • Racisme au travail : ces violences qui abîment la santé mentale

    Au printemps, l'Institut d'études et d'actions citoyennes (IEAC) organisait un colloque consacré aux discriminations raciales au travail et à leurs conséquences sur la santé mentale. Professionnel·les de santé mentale, juristes, représentant·es syndicaux et salarié·es se sont retrouvés pour mieux reconnaître et combattre ces violences.

    Par Farah Rhimi
    Le 06/08/2026