D’après le dépliant Terra Nova, n’est ni plus ni moins qu’une plateforme intellectuelle de la gauche progressiste. Mais tellement intellectuelle que je n’ai pas réellement compris l’objectif de cette fondation. Sauf qu’elle est ouverte au public et que son ambition est de « fournir de l’expertise à la gauche progressiste et contribuer à la rénovation de sa matrice idéologique ». Wouaw….Rien que ça ! Une sorte de lobby, un « think thank » à l’américaine pour certains, un « réseau » pour d’autres. Reste une interrogation, qu’est ce que la gauche progressiste ?

Quoiqu’il en soit, le rendez-vous de ce soir n’a pas été manqué, près de 70 personnes sont venues remplir la salle de la mairie pour écouter les voix s’accorder autour de la banlieue et des médias. Participaient à cette conférence, Romain Prudent, représentant de Terra Nova; Gilbert Roger, maire de Bondy; Elisabeth Guigou, député PS, et en « guest-star » la journaliste Audrey Pulvar.

Une Audrey Pulvar vraiment bluffante. Tellement bluffante que j’aimerais écrire comme elle parle. L’assistance est restée silencieuse durant les trente minutes de son intervention. Buvant à grande gorgée ces paroles. Madame Pulvar, c’est celle qui a maltraité Nicolas Sarkozy sur le plateau du JT de France 3 avec une seule question : à combien d’arrestation ou contrôles d’identité faut-il procéder pour atteindre l’objectif de 25 000 étrangers reconduit aux frontières? Et puis, plus récemment dans une lettre ouverte adressé au parfumeur Guerlain, c’est aussi elle qui affirmait « nègre je suis, nègre je resterais », en terminant avec une citation d’Aimée Césaire « …le nègre, il t’emmerde! ».

Quant aux rapports entre la banlieue et les médias, l’ex-journaliste de France 3, n’a pas apporté de réponses nouvelles. Elle estime, dans un premier temps, difficile de parler en raison de sa position, reconnaît faire des erreurs, comme les autres médias. Ce qui ne l’empêchera pas d’avoir un côté professeure,  gardienne d’une éthique. Selon elle, « on ne tire pas les leçons de nos erreurs » et peu de journalistes reconnaissent leurs bourdes, à l’instar de la file du Rer D. Mais, dit-elle dans le monde de l’information, « tout passe, tout lasse », ce qui permet d’annoncer qu’une famille entière s’est défenestrée par peur du diable, ou encore d’utiliser les termes, durant les émeutes de 2005, de « racailles », de « vermines qui grouillent » en « gangrénant les quartiers ».

Mais selon Audrey Pulvar, d’autres facteurs rentrent en compte, elle accuse certains journalistes d’être « paresseux », grillant ainsi négligemment les étapes de l’information. Dans un milieu où les stagiaires et pigistes sont légion, l’accusation est facile. A tout cela, Audrey Pulvar propose une solution : une plus grande intransigeance des journalistes envers eux-mêmes. Mais, il appartient aussi à la population de banlieue de défendre son image, aidée par ses représentants politiques, a qui elle dit faire confiance.

Mais après tout ce que vient de dire la belle Audrey Pulvar, quelques interrogations restent en suspend, notamment la courbe d’audience. Cette course à l’audimat ou au buzz, ces politiques qui se précipitent aux « matinales » pour sortir la phrase, qui tournera toute la journée en boucle. Des courbes avec des chiffres qui en disent long sur le comportement du lecteur, de l’auditeur, du téléspectateur. Enfin, des émissions sensées avec du fond qui disparaissent au fur et à mesure, au détriment de la formule gagnante : illicite, sport ou rap ou encore sexe, alcool, drogue et rock’n’roll. En faite, le vieil adage qui disait que l’essentiel c’est que ça marche, est toujours d’ actualité. C’est quand même un peu de notre faute. Après tout on donne aux gens ce qu’ils veulent bouffer. Mais à mon plus grand désespoir, la délicieuse Audrey Pulvar ne répondra pas à cette question, même si j’ai lutté pour obtenir le micro, l’on m’a presque snobé.

Si Audrey trouve que l’on peut faire confiance aux politiques pour défendre l’image des banlieues. Comment le faire en connaissant la proximité entre les journalistes et certains hommes politiques ? Sa réponse….je connais le sujet. Finalement, la relation banlieue-média est vrai un rendez-vous galant manqué. Mais pas pour les protagonistes de cette soirée. Terra Nova, la mairie de Bondy, Elisabeth Guigou et Audrey Pulvar….dans le jeu des sept familles, je demande le père, Arnaud Montebourg. Et si les idées de la gauche progressiste étaient de préparer le terrain des présidentielles en banlieue ? En tout cas, en 2012, Arnaud et Audrey seront au rendez-vous.

Anouar Boukra

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