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 « On est des gamins, on ne devrait pas être aussi violents. Personne ne devrait mourir comme ça. Je suis triste car il était  jeune, et qu’il avait toute sa vie devant lui », déclare Anaïs, 16 ans, devant le lycée Paul-Robert où elle est scolarisée. « Lui », c’est Kewi, ce lycéen mort au stade municipal pendant un cours d’EPS. L’adolescent a été poignardé de plusieurs coups de couteaux, dans un contexte de rivalités entre bandes du Pré-Saint-Gervais, des Lilas ou de Romainville.

L’adolescente est accompagnée d’une de ses amies, Amina, 15 ans, elle aussi élève au lycée des Lilas. L’émotion suscitée par la mort de Kewi a été très forte. Une manifestation réunissant environ 700 personnes s’est organisée mercredi 16 octobre pour lui rendre hommage et dénoncer la montée des violences entre bandes.

Aux abords du lycée Paul Robert, Anaïs nous avoue ne pas avoir connu personnellement la victime mais avoir vécu son décès de plein fouet. « On n’a pas trop parlé de ça à l’école. On voulait éviter de rappeler la mort de Kewi à ceux qui le connaissaient. » Son amie nous fait part de son ressenti : « Les profs nous ont demandé si on voulait parler de la mort de Kewi, mais je n’en ressentais pas le besoin. J’étais choquée mais je ne souhaitais pas en parler avec des profs qui ne sont pas proches de moi. »

Sur le chemin qui mène au collège Marie-Curie, nous croisons, Noah, un collégien de 11 ans. Il nous donne son avis sur la situation : « C’est triste pour Kewi. La violence, c’est surtout près du lycée. Au collège, c’est plutôt calme. » Il fait aussi allusion à l’inquiétude de ses parents: « Du mardi au vendredi, mes parents ne m’ont pas envoyé au collège. J’ai repris les cours lundi. » Un de ses amis, Gilman, raconte ce que ses encadrants ont mis en place après le drame : « Notre prof de maths nous a expliqué qu’un lycéen était mort. Il nous a dit de lui faire savoir si on avait des angoisses. Il y avait une cellule psychologique pour parler de nos peurs. »

Parents et professeurs unis dans la mobilisation

Les enfants n’ont pas été les seuls touchés par cette tragédie. Mélanie est la maman d’un collégien de sixième, scolarisé dans le secteur. Elle habite dans le centre-ville des Lilas. Au téléphone, elle nous confie : « J’ai été très choqué de voir que des jeunes de 14-15 ans pouvaient s’entretuer à 500 mètres de chez moi. J’ai aussi été frappée par la différence de traitement entre une situation qui se passe en Seine-Saint-Denis et une situation similaire qui se serait déroulée dans le XVe arrondissement de Paris. L’événement a eu lieu vendredi, les cours ont repris lundi ! Il y avait une présence policière visible à l’entrée du collège, mais ça n’a duré qu’une matinée finalement. »

Face à cela, de nombreux parents n’ont pas envoyé leurs enfants au collège dans les jours qui ont suivi le drame, et ce jusqu’aux vacances scolaires. Parfois, ce sont les professeurs eux-mêmes qui ont cessé de faire cours, invoquant le droit de retrait. Ces craintes et ces envies d’agir se sont parfois jointes, comme l’explique Mélanie. « Un groupe Whatsapp s’est créé et il atteint aujourd’hui presque 250 parents pour savoir quelles seront les actions menées. Il y a eu des réunions à la mairie. On s’est déplacé au rectorat avec les enseignants. On a aussi été très actifs dans la manifestation qui s’est tenue la semaine dernière aux Lilas. On essaie vraiment de soutenir les enseignants. »

Une AG s’est tenue au gymnase des Lilas, où sont intervenus des collégiens et lycéens, des professeurs, des acteurs des différents quartiers. Les maires des Lilas et du Pré-Saint-Gervais étaient là, aussi. Pas sûr que cela suffise à apaiser la tension. « Il y a un an, jour pour jour, Aboubacar, un jeune de 13 ans, a été tué, rappelle Mélanie. A l’époque, on a demandé aux professeurs de reprendre les cours tout de suite. Ils ont essayé de parler à leurs élèves, et tout a continué comme si de rien n’était. » Et cette fois ?

Hervé HINOPAY

Crédit photo : HP / Bondy Blog

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