Devant la mairie de Montreuil, Fanta une femme d’origine africaine d’environ une trentaine d’années, implore : « On demande à la mairie de nous aider à trouver un toit. Nous sommes fatigués des agressions ». Ce mercredi 20 novembre, le collectif Gambetta, composé de personnes migrant.es, en grande partie de femmes, mais aussi d’enfants (dont un nourrisson de trois mois) et d’hommes isolés, est venu manifester pour réclamer un logement décent. En effet, elles ont été expulsées d’un squat au début du mois d’octobre par les forces de l’ordre. Depuis, beaucoup d’entre elles se sont retrouvées à la rue sans solution d’hébergement. Grâce à la solidarité de quelques habitants de Montreuil, certains migrants ont pu trouver un endroit pour dormir la nuit.
Il est 13h30, une soixantaine de personnes s’est réunie afin de soutenir le collectif Gambetta. Malgré le froid, l’ambiance s’annonce joviale : une musique africaine retentit, faisant sourire quelques-uns. Devant l’entrée de la mairie, une banderole a été déployée et accrochée à une grille. On peut y lire : « Montreuil, Montreuil, Reloge-moi ! »
Des conditions de vie très difficiles
Face à l’assistance, les prises de paroles se succèdent au micro. Une mère de famille livre son désarroi. « Ce n’est pas facile de voir que nos enfants passent leur temps dans la rue pendant que leurs camarades vont à l’école », déplore-t-elle. Affligée, une petite fille d’environ 10 ans accompagnée par deux petits garçons raconte son quotidien. « Avec mes trois sœurs, on dort dehors. Une de mes petites sœurs est malade. On n’arrive pas à se laver et à dormir. »
Avec l’arrivée de l’hiver et la baisse des températures, elles ont décidé d’occuper un bâtiment vide situé au 21 rue François Debergue à Montreuil. Le collectif a choisi d’investir ce lieu, car il appartient à la mairie et grâce à l’action engagée aujourd’hui, il espère la faire réagir. En parallèle, une pétition a été lancée pour exiger un relogement.
De son côté, la municipalité a apporté son soutien au collectif Gambetta à plusieurs reprises. Sans toutefois accéder à leurs demandes. À savoir, la mise à disposition temporaire d’un gymnase pour les personnes restées sans relogement, un espace de stockage pour leurs affaires, ainsi que l’ouverture d’un dialogue pour pouvoir occuper un lieu avec une convention. Contactée par le Bondy blog, la mairie n’a pas donné suite à notre sollicitation pour le moment.
Il s’est arrêté et a essayé de me toucher. Si je ne m’étais pas échappé, il allait me violer !
Des revendications urgentes pour le collectif qui craint un hiver à la rue. Fanta rapporte avoir suivi un homme qui devait l’amener à un endroit où les sans-abri dorment. « Parce que j’avais tellement froid. Il s’est arrêté et a essayé de me toucher. Si je ne m’étais pas échappé, il allait me violer ! »
« Il y a une situation d’urgence évidente et le maire est en droit de prendre des arrêtés de réquisition, s’exclame un membre du DAL. Et ce serait tout à son honneur. À l’honneur de tous les maires ! Qu’ils prennent des arrêtés de réquisition pour loger les personnes sans-abri ! »
L’inaction des pouvoirs publics
Alors que la crise du logement se fait particulièrement sentir en Seine-Saint-Denis, l’État a fait le choix de se montrer plus sévère avec les squatteurs, à travers la loi Kasbarian. En cas d’occupation illicite d’un logement, les peines encourues peuvent désormais aller jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. Contre un an de prison et 15 000 euros d’amende auparavant. Les familles risquent à tout moment l’expulsion, alors qu’elles occupent une annexe laissée vacante depuis trois ans. Une situation jugée incompréhensible et injuste par les défenseurs du droit au logement.
Dans un communiqué, des élus de Montreuil ont condamné l’expulsion et exprimé leur solidarité aux membres du collectif Gambetta, face au calvaire qu’ils subissent depuis deux mois. Selon eux, l’État a préféré fuir ses responsabilités au lieu de s’attaquer aux racines du problème. Les élus exigent donc des pouvoirs publics qu’ils proposent une solution de logement digne et pérenne aux familles.
Après les prises de paroles, le cortège s’est dirigé vers le bâtiment situé 21 rue François Debergue. Deux trompettistes ont fait résonner leur instrument, sous le chant, « Un toit, c’est un droit ! ».
Les membres du collectif Gambetta, qui n’ont pas de papier pour la plupart, s’exposent à des conséquences très graves
Sur les lieux, le cortège a attendu la suite des événements. L’anxiété s’est fait ressentir lorsque des policiers sont venus à la rencontre des coordinateurs de la marche. Mathieu, l’un deux, estime que depuis l’expulsion, la mairie s’est obstiné à se cacher derrière le rôle de la préfecture. « Ils disent que c’est la préfecture qui a expulsé. Et qu’ils n’y peuvent rien. » D’après lui, l’action d’aujourd’hui consiste à montrer à la municipalité qu’elle dispose de moyens pour agir. « On attend qu’elle demande à la police de ne pas intervenir, explique-t-il. Parce que s’il y a une intervention dans son bâtiment, les membres du collectif Gambetta, qui n’ont pas de papier pour la plupart, s’exposent à des conséquences très graves : placement en garde à vue, puis en centre de rétention. »
Après un long moment de discussion entre les coordinateurs, ils décident d’envoyer une délégation à la mairie pour qu’enfin les migrants trouvent un toit. À ce stade, aucune proposition satisfaisante n’a été avancée, assure les soutiens du collectif. « Ces personnes ont repris leur errance et sont retournées dormir dans le métro ou dans les salles d’attente des urgences hospitalières. »
Hervé Hinopay