A Châtelet, par une après-midi ensoleillée, la casquette est éventuellement de rigueur pour se protéger du soleil. Mais, ici, elle est portée à l’envers avec et baskets. De vrais Will Smith à Bel Air. Et lorsque l’on adopte ce style, on traîne en bande. Tous les membres du commando enfilent la même tenue de guerrier. Ils parlent fort et avec familiarité. Leur attitude nonchalante et leur comportement, agressif. C’est bien connu, la meilleure défense c’est l’attaque. Alors, il passe leur journée à se défendre. « Qu’ils ne se plaignent pas de ne pas trouver de boulot, habillés comme ça », me dit un passant à l’allure élégante qui n’adoptera visiblement jamais ce look.

Tous les jeunes à la « casquette à l’envers » ne parlent pas que le verlan mais aussi un français correct, enfin, courant. La casquette à l’envers est en fait le style hip hop ou « Kainry ». Ce genre apparu dans les années 80 en France, inspire ces jeunes. « Je regarde beaucoup les clips de rap et quand je vois un style qui me plaît, je m’habille pareil, confie Mathieu. D’ailleurs, je porte la casquette de la ville de Lil Wayne (La Nouvelle-Orléans). » Ce look est avant tout un signe d’appartenance au hip hop. Les jeunes de banlieue se sentent représentés par ces rappeurs.

Ce style vestimentaire a bien évolué depuis son apparition. Une petite rétrospection s’impose. Le plus traditionnel, le style « hip hop old school », est celui que l’on voit depuis la naissance du mouvement hip hop. En pratique, le baggy se porte large avec une casquette parfois et le tee-shirt se choisit deux à trois fois au-dessus de sa taille. Le style d’aujourd’hui, à quelques détails près, reste le même. Sauf qu’il se veut plus coloré, allant du turquoise au rose en passant par le violet. Et certains n’hésitent pas à abandonner le côté confort du baggy pour un slim.

Mais tous ne sont pas prêts pour cela. « Ah non, le slim, moi, je peux pas ! Je garde le vieux style, le vrai style hip hop. Pour moi, ce nouveau style, c’est un style de fillette. Je ne m’habillerai jamais comme un pédé », lance Daril qui porte un baggy aussi large qu’un parachute et un tee-shirt aussi long qu’une robe offrant ainsi une sacrée liberté de mouvement. Le confort est un détail à ne pas négliger. « Je me sens à l’aise dans mes vêtements », dit ce jeune homme, et manifestement aussi dans ses baskets, c’est le principal.

La symbolique de cette mode reste bel et bien la casquette au même titre que les locks pour les rastas. On ne négocie pas avec le style. Très couteuse, la paire de baskets vaut environ 200€, une casquette est à un peu moins de 100€. « Je vis chez mes parents, j’ai pas de loyer à payer et une bonne partie de mon salaire y passe. » Qui disait que c’étaient les filles, les « shoppeuses addict » ? « J’achète ça dans les magasins de déstockage ou des fois j’ai des affaires avec des potes qui vendent quelques trucs », poursuit Daril. Cela ne s’arrête pas là. Quand on est hip hop, on l’est jusqu’au bout des ongles… et du caleçon. Le petit détail qui tue, le baggy porté en dessous des fesses. A bas l’élégance, ce qui importe c’est le style et la provoc’.

Ce que ces jeunes [veulent être] à l’intérieur, se voit à l’extérieur. Ils cultivent leur personnalité autant que leur apparence, soignent leur allure et cherchent à attirer le regard. Même si ce regard leur pèse parfois. « Des fois, quand je demande ma route, c’est limite si on me prend pour un voyou. C’est une attitude qui me pousse à bout. Quand je suis accusé à tort, je me dis autant être accusé à raison. »

Ils recherchent l’originalité mais ne demandent pas à être jugés. « On pense que je suis agressif. Bien, c’est vrai que des fois j’hésite pas à en jouer. » Les regards de travers, Cyril en a fait sa spécialité. Un style montré du doigt. « Même au commissariat, je retire ap (je ne retire pas la casquette). » Quelle rébellion ! Ils ont envie de changer le monde, un monde qui leur semble trop manichéen. Alors, si la révolte est le mal, ils en feront partie. Pour eux, à les entendre, le hip hop est avant tout un moyen d’exprimer un sentiment d’oppression et d’abandon. « Même si je déménage, j’adopterai le même style. Ce n’est pas parce que j’habite en banlieue que je m’habille comme ça. C’est moi, c’est tout. »

« J’m’habille pas comme ça pour aller travailler par exemple, on doit avoir une tenue, convient Daril. Et puis, je suis plus classe quand je sors en soirée ou quand je vais voir une copine. » La tenue baggy-basket-casquette, c’est le week-end et entre potes. Ça explique pourquoi les quintuplés sont un phénomène beaucoup plus repandus que ce que l’on pensait chez les « casquettes à l’envers ». Peu importe l’endroit où l’on se trouve, s’il fait soleil ou si le ciel est bouché, on met la casquette parce qu’on est hip hop. Pigé ?

Farah El Hadri

Farah El Hadri

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